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	<title>imaginaires</title>
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	<description>Pour me contacter, voir le site brunocolombari.fr</description>
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		<title>5 mars 1999 : les 15 d'Intramines sortent apr&#232;s 17 jours au fond</title>
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		<dc:creator>Bruno</dc:creator>


		<dc:subject>La mine</dc:subject>
		<dc:subject>Gardanne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a un peu plus de onze ans sur le carreau du Puits Morandat &#224; Gardanne, les salari&#233;s d'un sous-traitant de la mine avaient fait gr&#232;ve au fond pour d&#233;fendre leurs emplois. Leur sortie au terme du conflit ressemblait un peu &#224; celle des mineurs chiliens.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/+-Gardanne-+" rel="tag"&gt;Gardanne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/arton502-2f6f0.png?1732206200' alt='' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' onmouseover='' onmouseout='' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a un peu plus de onze ans sur le carreau du Puits Morandat &#224; Gardanne, les salari&#233;s d'un sous-traitant de la mine avaient fait gr&#232;ve au fond pour d&#233;fendre leurs emplois. Leur sortie au terme du conflit ressemblait un peu &#224; celle des mineurs chiliens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La sortie des mineurs chiliens dans la nuit noire du d&#233;sert d'Atacama, apr&#232;s 68 jours pass&#233;s enferm&#233;s &#224; 700 m&#232;tres de la surface n'&#233;tait pas seulement touchante : elle a &#233;veill&#233; chez moi un souvenir vieux de plus de onze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 mars 1999, la cage du puits Morandat &#224; Gardanne (le puits Y pour les mineurs) remontait &#224; la surface quinze hommes &#233;puis&#233;s mais heureux, les yeux prot&#233;g&#233;s par des lunettes noires. Et pour cause, ils n'avaient plus vu la lumi&#232;re du jour depuis plus de deux semaines. Dix-sept jours et seize nuits pass&#233;s &#224; neuf cent m&#232;tres de fond, &#224; la recette du puits.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1471 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L305xH305/une-energies-11-917d3.png?1732206201' width='305' height='305' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Eux n'&#233;taient pas coinc&#233;s par un &#233;boulement, et ils savaient qu'ils pouvaient remonter en une poign&#233;e de minutes d&#232;s qu'ils le d&#233;cideraient. S'ils avaient pass&#233; tout ce temps au fond, c'&#233;tait parce qu'ils &#233;taient en gr&#232;ve, pour d&#233;fendre leur emploi. Salari&#233;s d'Intramines, une soci&#233;t&#233; sous-traitante des Houill&#232;res, ils avaient au final gagn&#233; un peu de r&#233;pit, soit 18 mois jusqu'en septembre 2000. Quatre ans plus tard, en f&#233;vrier 2003, la mine de Gardanne cessait son activit&#233; et l'entr&#233;e du puits Y, le plus moderne d'Europe, &#233;tait ma&#231;onn&#233;e tandis que l'eau remplissait les galeries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Logiquement, Intramines a d&#251; dispara&#238;tre corps et biens avec l'arr&#234;t de l'activit&#233; mini&#232;re en France. Je ne sais pas ce que sont devenus Serge Scuri et les autres hommes que j'avais rencontr&#233;s pendant leur gr&#232;ve, au fond de la mine. Mais aujourd'hui, en voyant les images des mineurs chiliens, c'est &#224; eux que je pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article est paru dans Energies 113 du 18 mars 1999 qui est feuilletable en ligne &lt;a href=&#034;http://www.ville-gardanne.fr/Energies-113-18-mars-1999#B#&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site de la ville de Gardanne&lt;/a&gt; o&#249; vous pouvez &#233;galement t&#233;l&#233;charger le fichier pdf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le contenu de l'article :&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;17 jours au fond et l'emploi au bout&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_1470 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L305xH440/energies113-p11-e0c2a.png?1732206201' width='305' height='440' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QUAND LA CAGE EST REMONTE&#769;E CE. VENDREDI-LA&#768;, UNE SALVE D'APPLAUDISSEMENTS A FUSE&#769; DE LA CENTAINE DE MINEURS, DE FEMMES ET D'ENFANTS MASSE&#769;S SUR LE CARREAU DU PUITS MORANDAT&lt;/strong&gt;. Ce n'e&#769;tait pas une remonte&#769;e comme les autres : la cage e&#769;tait vide, mais sur la nacelle en contrebas, il y avait un engin du fond et dans l'engin, une quinzaine d'hommes, les yeux abrite&#769;s par des lunettes noires qui cachaient (mal) les larmes de la fatigue et de l'e&#769;motion. Embrassades devant les came&#769;ras, douche au champagne, accolades, on dirait des otages qui viennent d'e&#770;tre libe&#769;re&#769;s. Dix-sept
jours qu'ils n'avaient pas vu le soleil. Seize nuits a&#768; passer a&#768; pre&#768;s de mile me&#768;tres de fond relie&#769;s a&#768; l'exte&#769;rieur par des te&#769;le&#769;phones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix-sept jours, c'est le temps qu'il aura fallu pour que les directions des HBCM et d'Intramines (voir ci-dessous), sous la pression de la CGT et suite a&#768; la rencontre
entre Roger Mei&#776; et Dominique Strauss-Kahn, signent un accord garantissant a&#768; l'entreprise sous-traitante un maintien de l'activite&#769; au-dela&#768; des trois prochains mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'e&#769;tait bien su&#770;r l'emploi qui e&#769;tait en jeu dans ce conflit en sous-sol, l'emploi sous- traitant, celui dont la survie est directement lie&#769;e a&#768; celui de la mine. Et comme en ce de&#769;but d'anne&#769;e, tout indiquait que le contrat de six mois passe&#769; entre les Houile&#768;res et
Intramines ne serait pas renouvele&#769;, Serge Scuri et les autres salarie&#769;s ont pris une de&#769;cision radicale : on reste en bas tant qu'on ne nous donne pas de garantie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En 84, on avait eu le me&#770;me type de conflit. C&#807;a avait dure&#769; 10 jours, on a gagne&#769; 15 ans de boulot. &#187;&lt;/i&gt; Cette anne&#769;e, la gre&#768;ve aura e&#769;te&#769; encore plus longue et les perspectives d'emploi restent limite&#769;es. Mais ce 5 mars, les sous-traitants ont rappele&#769; a&#768; tous qu'ils existent et qu'il fallait compter sur eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;L'accord qui met fin a&#768; la gre&#768;ve&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Dans le protocole d'accord signe&#769; le 5 mars, les HBCM s'engagent a&#768; renouveler les contrats de travaux a&#768; Intramines pour 18 mois a&#768; compter du 1 er mars, soit jusqu'en septembre 2000 (au lieu de juillet 1999). Au-dela&#768;, les HBCM feront les efforts ne&#769;cessaires pour prolonger l'activite&#769; d'Intramines et de ses salarie&#769;s, en faisant appel a&#768; leurs compe&#769;tences pour l'ensemble des travaux miniers (en non pas seulement pour le forage de puits comme jusqu'a&#768; pre&#769;sent. Le mot &#171; ensemble &#187; a fait l'objet d'une ne&#769;gociation acharne&#769;e). Pour ve&#769;rifier l'application de cet accord, un comite&#769; de suivi sera mis en place avec des repre&#769;sentants du personnel d'Intramines, du syndicat CGT des mineurs, des directions d'Intramines et des HBCM. L'e&#769;volution de la carrie&#768;re professionnelle des salarie&#769;s d'Intramines sera e&#769;galement e&#769;tudie&#769;e. Enfin, les astreintes (1000 F par jour et par gre&#769;viste) sont supprime&#769;es, ainsi que toute sanction disciplinaire ou poursuite judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PASSER 392 HEURES A&#768; 900 ME&#768;TRES DE FOND&lt;/strong&gt; demande une re&#769;sistance physique et psychologique hors du commun. Pendant ces 17 jours et 16 nuits, les gre&#769;vistes d'Intramines ont e&#769;te&#769; ravitaile&#769;s re&#769;gulie&#768;rement par des mineurs qui leur amenait des repas offerts par la municipalite&#769;. Ils e&#769;taient aussi re&#769;gulie&#768;rement en contact te&#769;le&#769;phonique avec la surface, parlant de temps en temps avec leur famille. Enfin, ils ont e&#769;te&#769; suivis par un me&#769;decin du centre de sante&#769;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AU BAS DE L'ASCENSEUR, A&#768; LA RECETTE PRINCIPALE, LES GRE&#769;VISTES&lt;/strong&gt; s'e&#769;taient ame&#769;nage&#769;s un dortoir avec des lits de camp, une douche de fortune et un petit re&#769;fectoire. Pour supporter l'attente, ils avaient e&#769;galement de&#769;limite&#769; un petit terrain de boules, et se de&#769;gourdissaient les jambes en tapant dans un ballon. Ils ont rec&#807;u des visites : celle de Roger Mei&#776;, mais aussi
de nombreux journalistes. Les me&#769;dias ont en effet largement couvert la gre&#768;ve, surtout a&#768; partir du sixie&#768;me jour : presse e&#769;crite locale et nationale, radios, te&#769;le&#769;visions. A travers la gre&#768;ve, c'est l'univers des mineurs qu'ils ont enfin de&#769;couvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA SOCIE&#769;TE&#769; INTRAMINES A E&#769;TE&#769; REPRISE IL Y A HUIT MOIS PAR BONIFACE&lt;/strong&gt;, une PME de l'He&#769;rault, plus inte&#769;resse&#769;e par le mate&#769;riel de forage que par les salarie&#769;s et leur savoir-faire. Si la direction d'Intramines a renvoye&#769; la ne&#769;gociation sur celle des Houille&#768;res, c'est parce que c'est cette dernie&#768;re qui de&#769;tenait la solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE SYNDICAT FORCE OUVRIE&#768;RE
DES MINEURS DE PROVENCE&lt;/strong&gt; avait fait le communique&#769; suivant le 18 fe&#769;vrier dernier : &lt;i&gt;&#171; Le savoir-faire incontestablement acquis par Intramines doit e&#770;tre exploite&#769; comme l'a toujours revendique&#769; FO dans la mesure ou&#768; les perspectives de l'industrie charbonnie&#768;re sont en phase ascendante dans un certain nombre de pays [...] La solution du conflit est donc a&#768; rechercher dans le cadre dun rede&#769;ploiement des aides a&#768; l'industrialisation [...] pour qu'lntramines puisse de&#769;velopper ses compe&#769;tences sans e&#770;tre intrinse&#768;quement lie&#769;e a&#768; l'e&#769;volution de l'industrie charbonnie&#768;re nationale. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Mai 1936, le Front populaire et Gardanne </title>
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		<dc:creator>Bruno</dc:creator>


		<dc:subject>Energies</dc:subject>
		<dc:subject>La mine</dc:subject>
		<dc:subject>Gardanne</dc:subject>
		<dc:subject>Pechiney</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait du dossier 1936, le printemps des possibles Il y a soixante-dix ans, les Fran&#231;ais amenaient au pouvoir une majorit&#233; compos&#233;e des communistes, des socialistes et des radicaux dans ce qu'on appelait le Front populaire. Celui-ci r&#233;alisa, au terme de plusieurs semaines de g&#232;ves monstres, des r&#233;formes d'une ampleur inconnue jusqu'alors :deux semaines de cong&#233;s pay&#233;s,les quarante heures hebdomadaires, les conventions collectives, la scolarit&#233; obligatoire jusqu'&#224; 14 ans, la c&#233;ation d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/+-Pechiney-+" rel="tag"&gt;Pechiney&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/1936-le-printemps-des-possibles' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Extrait du dossier 1936, le printemps des possibles&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a soixante-dix ans, les Fran&#231;ais amenaient au pouvoir une majorit&#233; compos&#233;e des communistes, des socialistes et des radicaux dans ce qu'on appelait le Front populaire. Celui-ci r&#233;alisa, au terme de plusieurs semaines de g&#232;ves monstres, des r&#233;formes d'une ampleur inconnue jusqu'alors :deux semaines de cong&#233;s pay&#233;s,les quarante heures hebdomadaires, les conventions collectives, la scolarit&#233; obligatoire jusqu'&#224; 14 ans, la c&#233;ation d'un office du bl&#233;, la r&#233;forme de la Banque de France... Commune ouvri&#232;re et militante, Gardanne a v&#233;cu pleinement ces heures exaltantes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; 1936 ? C'&#233;tait l'&#233;poque de L&#233;on Blum. Tout le monde &#233;tait fou de joie. Je
travaillais au bar Forbin, il y avait beaucoup de mineurs, d'ouvriers, le
maire Victor Savine &#233;tait aussi notre client. Au bar, quand la police venait
pour demander si on connaissait untel, on disait qu'on ne connaissait personne ! On ne voulait pas trahir les clients &#187;&lt;/i&gt;.Virginie a 25 ans en 1936. Elle
vient de Fuveau o&#249; elle aidait sa m&#232;re au comptoir de la boulangerie. &lt;i&gt;&#171; On
&#233;tait tous parents, plus familiers que maintenant &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des t&#233;moins de 1936, il
y en a encore, heureusement. Mais ceux qui &#233;taient adultes &#224; l'&#233;poque sont
d&#233;j&#224; moins nombreux. Esther avait 17 ans : &lt;i&gt;&#171; On habitait au carreau de la
mine, &#224; Biver. On &#233;tait install&#233; &#224; cent
m&#232;tres du puits, les femmes apportaient
&#224; manger, elles faisaient plus
de bruit que les hommes. On ne pouvait
pas partir en vacances, mon p&#232;re
&#233;tait malade &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elda n'avait que 13 ans. Elle est n&#233;e
en France, o&#249; ses parents, italiens,
sont arriv&#233;s en 1921. Son p&#232;re est d'abord
mineur au puits Biver, puis il
ouvre en 1935 le bar Nannini, qui a
exist&#233; sous ce nom jusqu'en 1985
(aujourd'hui, bar Germinal, pr&#232;s du
puits G&#233;rard).
&lt;i&gt;&#171; J'ai fr&#233;quent&#233; les &#233;coles de Biver
jusqu'&#224; 13 ans, au certificat d'&#233;tudes.
A l'&#233;poque, elles &#233;taient tenues par
des soeurs (devenues publiques en 1946 avec la nationalisation des
Houill&#232;res). Ma m&#232;re &#233;tait toscane, et si elle parlait bien le fran&#231;ais, il lui
arrivait de finir ses phrases en italien. A Biver, il y avait beaucoup d'Italiens,
de Polonais, des Arm&#233;niens, des Espagnols, surtout apr&#232;s la guerre
d'Espagne, et avec la d&#233;b&#226;cle de 1940, on a vu arriver des gens du Nord,
des Belges.
Biver &#233;tait plus petit que maintenant, bien s&#251;r, mais il y avait beaucoup plus
de commerces, des boulangeries, des boucheries, des &#233;piceries, un cordonnier,
un marchand de tissu, des coiffeurs... On allait au march&#233; &#224; Gardanne
le mercredi, le vendredi et le dimanche.
Les &#233;trangers s'entendaient bien,
il n'y avait pas de probl&#232;me &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1936. Il faut s'imaginer Gardanne il y
a soixante-dix ans. Ce n'est plus le
gros village paysan du dix-neuvi&#232;me
si&#232;cle. L'industrialisation est pass&#233;e
par l&#224;. La mine et dans une moindre
mesure l'usine d'alumine se sont
d&#233;velopp&#233;es depuis une cinquantaine
d'ann&#233;es. La population a plus que
doubl&#233; depuis le d&#233;but du si&#232;cle, passant
de 3500 &#224; 7200 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasard
du calendrier ? Quelques semaines
avant les &#233;lections l&#233;gislatives qui
vont faire basculer le pays, un recensement
de la population est r&#233;alis&#233;. Gardanne compte alors 7279 habitants, dont 3115 &#233;trangers (43% du total).
Le centre-ville regroupe 4130 habitants dans 812 maisons, mais &#224; trois kilom&#232;tres,
la cit&#233; Biver est devenue un village avec ses 1828 habitants, dont
1222 ne sont pas n&#233;s en France. Italiens, Arm&#233;niens, Polonais, Espagnols,
mais aussi Tch&#232;ques, Portugais, Yougoslaves et Allemands sont venus y
trouver du travail. Ils ont quitt&#233; Dubrovka (Tch&#233;coslovaquie), Cespolvo
(Pologne), Lugano (Suisse), Constantinople (Turquie), Cun&#233;o (Italie) ou
Albacete (Espagne) et ils se pr&#233;nomment Siranouch, Assadour, Josef,
Cipriano, Klara, Bronislaw, Mario ou Orsola. C'est d&#233;sormais l&#224; qu'ils vont
vivre, &#233;lever leurs enfants et y &#234;tre enterr&#233;s. Les Houill&#232;res ont fait construire
quelques ann&#233;es plus t&#244;t (1925-1926) une &#233;glise et deux &#233;coles.
L'&#233;lectricit&#233; arrive en 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude sur les embauch&#233;s de l'ann&#233;e 1929 &#224; l'usine d'alumine montre
que sur 222 salari&#233;s, il y a 35% d'Italiens, 24% de Fran&#231;ais, 18% de
Tch&#232;ques (en fait, Europe centrale), 14% d'Arm&#233;niens, 3% de Grecs, 2%
d'Espagnols.
Les Arm&#233;niens fuyant le g&#233;nocide sont arriv&#233;s &#224; Gardanne en deux vagues :
en 1924, en provenance de Sivas et pass&#233;s par camp de regroupement Oddo
&#224; Marseille et en 1927-28 en provenance de Kharpout.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Mioche, L'alumine &#224; Gardanne, une travers&#233;e industrielle en Provence.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barberina avait 19 ans en 1936. Elle se trouvait &#224; Simiane, plac&#233;e comme
bonne chez un docteur. Auparavant, elle travaillait &#224; Aix dans une usine
d'ampoules. Elle est n&#233;e en Italie, en Sardaigne, est arriv&#233;e en France &#224; 3
ans, &#224; Verdun, o&#249; son p&#232;re est embauch&#233; dans une mine de fer.
&lt;i&gt;&#171; J'ai fait ma premi&#232;re communion &#224; Biver, j'allais &#224; l'&#233;cole des soeurs. Plus
tard, mon oncle m'a donn&#233; des sous, et avec j'ai pu ouvrir un magasin
d'alimentation &#187;.&lt;/i&gt;
Pour autant, les ann&#233;es trente sont difficiles : la crise &#233;conomique qui frappe
la France &#224; la suite du krach boursier d'octobre 1929 fait exploser les chiffres
du ch&#244;mage, les femmes et les &#233;trangers sont licenci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 f&#233;vrier 1936, les organisations adh&#233;rentes au rassemblement populaire
protestent contre les expulsions abusives d'&#233;trangers, et notamment le militant
communiste italien Danilo Manucci, reconduit &#224; la fronti&#232;re et livr&#233; &#224; la
police mussolinienne. Le maire de Gardanne, Victor Savine est &#224; la tribune,
avec des repr&#233;sentants de la SFIO, du Parti communiste et de la ligue des
droits de l'homme : &lt;i&gt;&#171; Les citoyens et les travailleurs de Gardanne demandent
que le gouvernement de la R&#233;publique rapporte les arr&#234;t&#233;s d'expulsion
pris sur de fausses indications. Bon nombre de ces arr&#234;t&#233;s frappent de bons
militants syndicalistes, communistes, socialistes, simples r&#233;publicains, tous
imbus de principes de libert&#233;, d'&#233;galit&#233; et de fraternit&#233;. Descendant des
g&#233;ants de 89, 48, 71, les citoyens pr&#233;sents d&#233;clarent avec fermet&#233; faire revivre
la d&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen. &#187;&lt;/i&gt;
Tous se s&#233;parent en criant bien haut : &lt;i&gt;&#171; Tout pour la libert&#233;, la justice, le
pain, le bien-&#234;tre ! A bas le fascisme et sa dictature ! En avant toujours avec
le Front populaire &#187;.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Pio, Mines et mineurs de Provence.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gr&#232;ves courtes mais efficaces &#224;
Biver et &#224; l'usine d'alumine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire. Apr&#232;s des ann&#233;es de dissension, les principaux partis de
gauche se sont r&#233;concili&#233;s. Le mouvement syndical aussi : la CGT et la
CGTU fusionnent &#224; Gardanne le 27 octobre 1935, apr&#232;s une marche de la
faim entre Aubagne et Marseille six mois plus t&#244;t.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xavier Daumalin, Gueules noires de Provence.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; D&#232;s lors, une victoire &#224;
la Chambre des d&#233;put&#233;s, qui doit &#234;tre renouvel&#233;e en mai, semble &#224; port&#233;e de
main. D'autant que la gauche a conquis de nombreuses villes lors des municipales
de 1935.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 avril, le candidat socialiste F&#233;lix Gouin arrive sans probl&#232;me en t&#234;te,
mais la progression du candidat communiste est spectaculaire : dans la premi&#232;re
circonscription d'Aix (celle o&#249; se trouve Gardanne), Yves Moustier
obtient pr&#232;s de 30% des voix, six fois plus qu'en 1932 ! Gr&#226;ce aux accords
de d&#233;sistement, le second tour n'est qu'une formalit&#233; pour F&#233;lix Gouin, qui
obtient &#224; Gardanne pr&#232;s de 80% des voix. Le second tour de scrutin a consacr&#233;
le triomphe du Front populaire, titre en une le Petit Proven&#231;al du 4 mai
1936. L&#233;on Blum se rend &#224; Marseille le 15 mai &#224; la salle Wagram et affirme
&#224; la foule : &lt;i&gt;&#171; Le pays veut que &#231;a change, soyez persuad&#233;s que &#231;a changera !
Il faut extraire du r&#233;gime tout ce qu'il peut contenir de bien-&#234;tre et de justice
sociale pour ceux qui travaillent. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui travaillent, justement, amplifient la victoire et mettent presqu'aussit&#244;t
la pression sur le nouveau parlement et sur le gouvernement compos&#233;
de socialistes et de radicaux. Les gr&#232;ves commencent en r&#233;gion parisienne,
dans les usines d'aviation, et se g&#233;n&#233;ralisent dans tout le pays en mai et juin.
Le Petit Proven&#231;al parle d'abord de &#171; gr&#232;ve des bras crois&#233;s &#187;, puis de
&#171; gr&#232;ve sur place &#187; et enfin de &#171; gr&#232;ve sur le tas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Gardanne, le 10 juin,
500 ouvriers de l'usine d'alumine occupent les lieux jusqu'au 14 juin.
Dans son livre consacr&#233; &#224; l'histoire de Pechiney, Philippe Mioche raconte
ces journ&#233;es de lutte. Le 9 juin, les ouvriers r&#233;unis en mairie d&#233;cident gr&#232;ve
pour le lendemain. Le 13, le directeur porte plainte pour l'occupation des
locaux. Le 12, 20 ouvriers s'installent dans le bureau du directeur. Le ton
monte, des noms d'oiseau volent. Le 13 &#224; 23h, un accord est finalement
sign&#233;. Le directeur R. Mignon f&#233;licite les ouvriers du calme dont ils ont fait
preuve durant la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un rapport de la s&#251;ret&#233; nationale du 16 juin note que &lt;i&gt;&#171; la direction a
toujours emp&#234;ch&#233; les ouvriers de former un syndicat. Depuis la gr&#232;ve de
1920, le syndicat n'existe plus et les dirigeants avaient &#233;t&#233; renvoy&#233;s impitoyablement.
Parmi la population de Gardanne et d'apr&#232;s des renseignements
dignes de foi, cette usine passe pour &#234;tre un bagne, o&#249; le rendement
est pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me pour des salaires de famine &#187;.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Mioche, L'alumine &#224; Gardanne, une travers&#233;e industrielle en Provence.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport sorti de la plume d'un fonctionnaire z&#233;l&#233; est transmis au minist&#232;re
de l'int&#233;rieur o&#249; vient de s'installer Roger Salengro, qui se suicidera en
novembre &#224; la suite d'une campagne de presse calomnieuse. Les ouvriers de
l'usine d'alumine sont suivis par les mineurs de Biver (le 15), de Meyreuil
(le 16) et les ouvriers de la cimenterie Lafarge &#224; Valdonne (le 19).
Le 5 juin, Le Petit Proven&#231;al relate une r&#233;union du comit&#233; r&#233;gional des
mineurs, &#224; Gardanne :
&lt;i&gt;&#171; Les pouvoirs publics doivent faire dispara&#238;tre la grande mis&#232;re des
mineurs qui n'ont d'autre ressource que leur salaire gagn&#233; dans les soussols
&#224; des profondeurs qui varient entre 600 et 800 m&#232;tres. Ils sont r&#233;solus
&#224; mourir en combattant, si on ne leur permet pas de vivre en travaillant. La
corporation ne produit annuellement que les deux tiers de la consommation
n&#233;cessaire en France, alors que les corporants continuent &#224; ch&#244;mer dans les
Bouches-du-Rh&#244;ne deux, trois jours par semaine avec l'angoissante perspective
de la fermeture de nouveaux puits &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 juin, une d&#233;l&#233;gation de
mineurs, accompagn&#233;e par le d&#233;put&#233; F&#233;lix Gouin et le maire Victor Savine,
est re&#231;ue par le pr&#233;fet Paul Souchier. Ils partent &#224; Paris rencontrer le nouveau
Pr&#233;sident du conseil (le premier ministre) L&#233;on Blum.
&lt;i&gt;&#171; M. Gouin a fait remarquer qu'il entrait par Marseille 20 000 tonnes de
charbon de plus que le chiffre autoris&#233; par le ministre. C'est l'&#233;quivalent de
114 journ&#233;es de travail par ouvrier et par an dans le bassin minier &#187;.&lt;/i&gt;
A la mine, les gr&#232;ves sont courtes, les n&#233;gociations suite aux Accords
Matignon aboutissent rapidement. Les hausses de salaires vont de 10%
(pour les piqueurs, qui passent de 34,94 F &#224; 38,74 F par jour) &#224; 33% pour
les femmes du criblage (de 14,51 &#224; 19,40 F par jour).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Pio, Mines et mineurs de Provence.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 juin, le dirigeant communiste Maurice Thorez fait un meeting au
Saint-Roch, juste &#224; c&#244;t&#233; du chantier de ce qui deviendra la Maison du peuple. Le PCF ne participe pas au gouvernement du Front populaire,
mais il le soutient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Marseille, c'est en juin que les mouvements sont le plus &#233;tendus. Josette,
16 ans en 1936, y &#233;tait : &lt;i&gt;&#171; J'habitais &#224; Marseille, rue F&#233;lix-Pyat, le quartier
des gangsters. Je travaillais dans une usine de dattes au boulevard National,
on avait fait deux jours de gr&#232;ve. On a obtenu des choses, des meilleurs
salaires. Les cong&#233;s ? Je ne suis pas partie, j'&#233;tais trop pauvre pour &#231;a. &#187;&lt;/i&gt;
Le p&#232;re de Simone, 15 ans, travaillait &#224; l'usine d'alumine (qui ne s'appelait
pas encore Pechiney) : &lt;i&gt;&#171; Tout le monde parlait du Front populaire. Mon p&#232;re
travaillait &#224; l'usine d'alumine, o&#249; il y avait une grosse gr&#232;ve. Il est mort
l'ann&#233;e suivante, il est tomb&#233; dans un bac de soude. Je suis entr&#233;e &#224; l'usine
apr&#232;s sa mort, au laboratoire. Sa mort m'a boulevers&#233;e toute ma vie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact de la nouvelle loi sur les 40 heures se fait sentir, puisque la semaine
de travail, qui comptait g&#233;n&#233;ralement 48 h passe de six &#224; cinq jours.
Comme l'usine d'alumine ne n&#233;cessite pas de comp&#233;tences particuli&#232;res,
271 embauches nouvelles ont lieu en 1937. Mais le 16 mars, le personnel de
production non post&#233; se met en gr&#232;ve pour protester contre la modification
de la r&#233;partition hebdomadaire du travail et la suppression de la semaine
anglaise (sur 5 jours) : la direction renonce.
Pas pour longtemps : en mars 1938, une nouvelle r&#233;partition est d&#233;cid&#233;e :
7 h 12 du lundi au vendredi et 4 h le samedi matin. L'usine est en gr&#232;ve le
3 mars, des gr&#233;vistes sont licenci&#233;s, les gardes mobiles font &#233;vacuer.
Le conflit dure jusqu'au 7 avril. L'usine r&#233;ouvre le 11 mai avant un retour &#224;
la normale en septembre. Les conflits reprennent et pourrissent &#224; l'automne.
Selon Philippe Mioche, &lt;i&gt;&#171; le mouvement patronal et la direction g&#233;n&#233;rale du
groupe ont atteint leurs objectifs mais d'une certaine fa&#231;on, la direction de
l'usine a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e par les &#233;v&#233;nements &#187;.
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un courrier de L&#233;o Lagrange
&#224; propos du stade Savine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;tranger, la guerre d'Espagne fait rage. Les Brigades internationales
regroupent les hommes et les femmes pr&#234;ts &#224; se battre pour d&#233;fendre la r&#233;publique
espagnole et, au-del&#224;, la d&#233;mocratie. Selon G&#233;rard Pio, quatre
Gardannais perdent la vie en Espagne au sein des Brigades internationales :
Giovanni Moretti et Antonio Miguel (le 23 novembre 1936), Pierre Allietta (le
5 janvier 1937) et Giuseppe Tamagno (le 11 f&#233;vrier 1937). La non-intervention
officielle de la France, sous la pression du gouvernement non-interventionniste
britannique, est un des &#233;checs les plus cuisants du Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la vague de gr&#232;ves du printemps, la vie reprend son cours &#224; Gardanne.
De nombreux arr&#234;t&#233;s concernent des aides donn&#233;es aux femmes en couches,
aux familles nombreuses et aux vieillards : &#224; l'&#233;poque, l'Etat providence
n'existe pas. Il faudra attendre la Lib&#233;ration pour que soient mis en place la
s&#233;curit&#233; sociale et un vrai r&#233;gime de retraites, que le Front populaire n'a pu
instaurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre les &#233;lus examinent le projet de construction d'une &#233;cole
maternelle suppl&#233;mentaire au centre-ville, et se prononcent contre le fonctionnement
d'une classe g&#233;min&#233;e (mixte) &#224; l'&#233;cole de filles :
&lt;i&gt;&#171; Consid&#233;rant l'effort moral que peut susciter aupr&#232;s d'une population laborieuse
comme la n&#244;tre le fonctionnement d'une classe g&#233;min&#233;e, si on la
maintenait, beaucoup de parents d'&#233;l&#232;ves retireraient ces derniers de l'&#233;cole
publique et viendraient favoriser les bancs des &#233;coles priv&#233;es &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus amusant, il est aussi question d'une indemnit&#233; au sonneur de cloches,
&lt;i&gt;&#171; souvent mis &#224; contribution pour sonner le tocsin, particuli&#232;rement &#224; la saison
d'&#233;t&#233; lors des feux de for&#234;t, ce qui occasionne &#224; cet ouvrier une perte de
temps appr&#233;ciable &#187;.&lt;/i&gt;
Le sonneur de l'&#233;poque s'appele Jean Girardo et obtient une indemnit&#233; de
cent francs par an. On d&#233;couvre aussi que les festivit&#233;s li&#233;es &#224; la victoire ont
engendr&#233; des frais impr&#233;vus : &lt;i&gt;&#171; &#224; l'occasion de la f&#234;te du travail, le 1 er mai
1936 [entre les deux tours, ndlr] a &#233;t&#233; organis&#233;e une f&#234;te ainsi que pour
l'anniversaire de la R&#233;publique le 4 septembre 1936 : 715 F pour les frais
d'orchestre &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la Maison du peuple, dont les travaux ont enfin commenc&#233;, la Ville a sous le coude un nouveau stade (celui qui portera le nom de
Victor Savine). Un projet qui date de 1930 et qui a pris du retard : le 28
novembre 1936, le sous-secr&#233;taire d'Etat &#224; l'organisation des loisirs et des
sports &#233;crit au pr&#233;fet afin que le projet soit remani&#233; pour tenir compte des
observations relev&#233;es par l'architecte Castel. C'est la salle de gymnastique
qui fera les frais de cette r&#233;duction budg&#233;taire. Il est amusant de constater
que le gymnase qui sera construit pr&#232;s du stade en 1994 portera le nom du
sous-secr&#233;taire d'Etat en question : L&#233;o Lagrange.
En 1937 est vot&#233; le financement d'un monument &#224; la m&#233;moire de Roger
Salengro (250 francs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la s&#233;ance du 30 juin 1936, le conseil municipal vote une subvention &#224; la
soci&#233;t&#233; des Amis de l'instruction la&#239;que pour le s&#233;jour d'une quarantaine
d'enfants &#224; la montagne : &lt;i&gt;&#171; cette oeuvre a pour but de procurer aux enfants du peuple un s&#233;jour d'un mois, de l'air pur et une nourriture saine &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Archives municipales.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
Gr&#226;ce aux nouvelles lois, les salari&#233;s auront bient&#244;t droit eux aussi &#224; cette
indispensable pause estivale, m&#234;me si elle ne compte que deux semaines.
L&#233;o avait 19 ans cet &#233;t&#233;-l&#224;. &lt;i&gt;&#171; Je travaillais dans les carri&#232;res de pierre &#224;
Pourri&#232;res, dans le Var. C'est les plus beaux moments de mon existence, ce
soul&#232;vement des foules... Les patrons faisaient triste mine, ils disaient qu'ils
ne pouvaient pas payer plus. Mensonges ! On a doubl&#233; les salaires, on a eu
douze jours de cong&#233;. On allait &#224; la mer qu'on n'avait jamais vue. On partait
en v&#233;lo, en fourgonnette, on s'abritait sous une petite toile &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice travaillait &#224; la Souterraine (Creuse) pour la compagnie de chemin
de fer Paris-Orl&#233;ans. Il avait 23 ans. &lt;i&gt;&#171; Pour les cong&#233;s de 36, je suis all&#233; &#224;
la mer &#224; Royan, par le train. Beaucoup de monde y allait aussi. En r&#233;gion
parisienne, c'&#233;tait plus impressionnant encore, un v&#233;ritable exode au d&#233;part
des trains. Les chantiers tra&#238;naient en longueur car il y avait moins
d'heures de travail. Enfin, moi, j'en avais autant qu'avant, j'en ramenais
&#224; la maison. L'ann&#233;e d'apr&#232;s, j'ai &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; &#224; la SNCF comme agent
d'exploitation. C'est gr&#226;ce au Front populaire qu'on a eu toutes ces
avanc&#233;es sociales. Il en reste encore quelque chose aujourd'hui &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, tout le monde ne l'a pas v&#233;cu de la m&#234;me mani&#232;re : &lt;i&gt;&#171; J'habitais &#224;
Lille, o&#249; il y avait des manifs monstres, du monde partout, raconte Henri,
qui avait 18 ans. J'&#233;tais typographe depuis l'&#226;ge de 13 ans. Ma famille &#233;tait
catholique, et on boudait le Front populaire, ce que je regrette encore
aujourd'hui &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La R&#233;sistance et la Lib&#233;ration
reprennent l'h&#233;ritage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette prodigieuse embellie au coeur des sinistres ann&#233;es trente n'allait pas
durer longtemps. Chez la plupart des t&#233;moins de l'&#233;poque, le souvenir du Front
populaire est indissociable de ce qui suivra : la guerre, l'occupation et la
Lib&#233;ration, le tout en moins de dix ans. Estelle anime un atelier de coiffure au
foyer Nostre Oustau. Elle avait onze ans en mai 1936.
&lt;i&gt;&#171; J'habitais &#224; V&#233;nissieux, o&#249; il y avait les usines Berliet, Usines du Rh&#244;ne
(Rh&#244;ne-Poulenc), St Gobain. Je me souviens des gr&#232;ves, les ouvriers &#233;taient
tr&#232;s motiv&#233;s et tr&#232;s solidaires. Il n'y en aura plus comme &#231;a, c'est termin&#233;.
Aujourd'hui, les gens sont trop personnels, il n'y a plus cette solidarit&#233;. M&#234;me
en mai 68 ce n'&#233;tait pas &#231;a. Je me souviens des ouvriers qui &#233;taient charg&#233;s
par les gardes &#224; cheval devant l'usine quand je revenais de l'&#233;cole. Les chevaux
me faisaient peur. Il y a eu des r&#233;formes des assurances sociales, on
avait eu droit &#224; 25 F par mois d'allocations familiales parce que nous &#233;tions
4 enfants. Ma soeur avait 31 ans. Avec les cong&#233;s pay&#233;s, elle et son mari ont
achet&#233; une bicyclette chacun pour partir en vacances sur les routes, pas bien
loin. Mais c'&#233;tait formidable.&lt;br class='manualbr' /&gt;A l'&#233;cole de filles, les institutrices n'&#233;taient pas en gr&#232;ve. On ne parlait pas
vraiment du front populaire, mais quand on a accueilli des r&#233;fugi&#233;s espagnols,
elles nous ont parl&#233; de la guerre d'Espagne. J'ai pass&#233; mon certificat
d'&#233;tudes &#224; 11 ans et demi, et j'ai fait deux ans de cours sup&#233;rieur, j'ai
appris un peu d'anglais. On &#233;tait 42 &#233;l&#232;ves dans la classe. Comme j'&#233;tais
tr&#232;s bonne, on voulait me faire faire l'Ecole normale, mais moi je voulais
&#234;tre coiffeuse !&lt;br class='manualbr' /&gt;On envoyait aussi les enfants &#224; la montagne pendant l'&#233;t&#233;, dans des familles
d'accueil pendant un mois. Pendant la guerre, apr&#232;s la mort de mes parents
(en 41), je suis all&#233;e chez ma soeur faire la boulang&#232;re, puis j'ai d&#233;but&#233;
comme ouvri&#232;re dans un salon de coiffure. En 44, le salon a &#233;t&#233; bombard&#233;
par les Am&#233;ricains, quelques semaines avant le d&#233;barquement. J'ai &#233;t&#233; bless&#233;e
&#224; la jambe. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estelle raconte aussi comment elle a transport&#233;, au nez et &#224; la barbe des soldats
allemands (et sans le savoir), deux grosses valises charg&#233;es de
mitraillettes... Son r&#233;cit n'est pas anecdotique. Agonisant pendant que la
guerre se pr&#233;parait, le Front populaire s'est en quelque sorte r&#233;incarn&#233; dans
la R&#233;sistance. C'est son esprit, p&#233;tri de justice sociale et de courage politique,
qui a anim&#233; le gouvernement provisoire issu de la Lib&#233;ration, alors
que le pays, exsangue, &#233;tait &#224; reconstruire. C'est en ce sens, aussi, que le
Front populaire reste une le&#231;on d'histoire qui &#233;claire l'avenir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Mioche, L'alumine &#224; Gardanne, une travers&#233;e industrielle en Provence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;rard Pio, Mines et mineurs de Provence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Xavier Daumalin, Gueules noires de Provence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Mioche, L'alumine &#224; Gardanne, une travers&#233;e industrielle en Provence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;rard Pio, Mines et mineurs de Provence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Archives municipales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Il &#233;tait une fois la Lib&#233;ration</title>
		<link>https://imaginaires.brunocolombari.fr/Il-etait-une-fois-la-Liberation</link>
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		<dc:date>2005-07-14T13:01:41Z</dc:date>
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		<dc:subject>Energies</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;extrait du dossier 21 ao&#251;t 1944 : libres, enfin Ils ont v&#233;cu la guerre chacun de leur c&#244;t&#233;, dans une galerie de mine &#224; mille m&#232;tres sous terre ou dans une ferme autrichienne &#224; mille kilom&#232;tres de la Provence, dans un chantier de jeunesse du Var ou dans les ateliers de l'usine d'alumine. Tous sont Gardannais, ont entre soixante et quatre-vingt dix ans et se souviennent de ces heures terribles et exaltantes de leur jeunesse. LA chemise largement ouverte pour conjurer la canicule de ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/-Liberation-de-Gardanne-" rel="directory"&gt;Lib&#233;ration de Gardanne&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/+-Energies-+" rel="tag"&gt;Energies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/+-La-mine-+" rel="tag"&gt;La mine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/+-Gardanne-+" rel="tag"&gt;Gardanne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/+-Pechiney-+" rel="tag"&gt;Pechiney&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/21-aout-1944-libres-enfin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;extrait du dossier &lt;i&gt;21 ao&#251;t 1944 : libres, enfin&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont v&#233;cu la guerre chacun de leur c&#244;t&#233;, dans une galerie de mine &#224; mille m&#232;tres sous terre
ou dans une ferme autrichienne &#224; mille kilom&#232;tres de la Provence, dans un chantier de
jeunesse du Var ou dans les ateliers de l'usine d'alumine. Tous sont Gardannais, ont entre
soixante et quatre-vingt dix ans et se souviennent de ces heures terribles et exaltantes de
leur jeunesse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LA chemise largement ouverte pour conjurer la canicule
de ce mois de juillet finissant, Louis Lauzier soupire : &lt;i&gt;&#8220;quand j'ai vu l'autre jour les chars allemands
sur les Champs-Elys&#233;es, &#231;a m'a fait quelque chose. Ce n'&#233;tait
pas le moment&#8221;&lt;/i&gt;. A quoi Henri Ranguis r&#233;torque : &lt;i&gt;&#8220;Mais pourquoi &#231;a nous fait &#231;a ? Il faut &#234;tre coll&#232;gues avec toute
l'Europe. Il faut que &#231;a finisse ! Jamais plus de guerre, nous
avons trop souffert.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils ont beau, ces deux octog&#233;naires
gardannais, faire une grande place &#224; la fraternit&#233; humaine,
rien &#224; faire. La brigade allemande de l'Eurocorps sur le pav&#233; parisien, le jour m&#234;me de la f&#234;te nationale, est rest&#233;e en travers,
comme une vieille blessure qui ne cicatrise pas. Alors,
pour exorciser le pass&#233;, Henri et Louis racontent et racontent
encore, avec une infinie patience, ce que furent leurs
trente ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Gardanne &#224; Braunau
en passant par Monnaie&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#8220;J'ai &#233;t&#233; mobilis&#233; le 28 ao&#251;t 1939 &#224; Gardanne. Je me souviens
de Daladier qui nous avait dit : &#8220;nous vaincrons parce
que nous sommes les plus forts...&#8221; C'est bien simple,
j'ai &#233;t&#233; fait prisonnier le 19 juin 1940, dans un village d'Indre
et Loire qui s'appelle Monnaie&#8221;&lt;/i&gt;, se souvient Louis, mettant
&#224; contribution sa prodigieuse m&#233;moire. Quarante-huit heures
apr&#232;s le discours de P&#233;tain appelant &#224; cesser le combat, vingtquatre
heures apr&#232;s l'appel de De Gaulle &#224; la R&#233;sistance.
Apr&#232;s sept mois de transit, direction l'Autriche. Il y restera
cinquante-deux mois, et ne reverra pas Gardanne avant le
14 mai... 1945.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#8220;Je recevais des nouvelles de ma femme et de ma petite fille,
mais les lettres &#233;taient censur&#233;es, bien entendu. On &#233;tait au
courant de rien, et surtout pas de combien de temps &#231;a allait
durer.&#8221; Commence alors une existence &#233;trange, quasiment
coup&#233; du reste du monde, dans les vall&#233;es autrichiennes.
Quatorze mois dans une caserne viennoise, trois mois &#224; la
mine, deux mois chez un minotier, et quelques saisons dans
des fermes. Et surtout, huit mois chez un horticulteur dans
la petite ville de Braunau am Inn, pr&#232;s de la fronti&#232;re bavaroise : &#8220;c'est ainsi qu'un jour, je suis entr&#233; dans la maison
natale de Hitler, qui &#233;tait transform&#233;e en mus&#233;e...&#8221;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Et Louis raconte encore les Belges et les Italiens qui, &#224; partir
de 1943, ont rejoint les prisonniers fran&#231;ais dans les fermes,
l'effroyable mis&#232;re des Russes qui mourraient de faim et
avec qui il &#233;tait strictement interdit de fraterniser... &lt;i&gt;&#8220;Je me
souviens d'un pilote am&#233;ricain abattu en f&#233;vrier 1945, c'&#233;tait
le premier que je voyais, il &#233;tait tr&#232;s jeune, 18-19 ans peut&#234;tre.
On l'a enterr&#233; dans notre village&#8221;&lt;/i&gt;. Et puis, enfin, la
lib&#233;ration, le 2 mai, et le retour en France &#224; bord d'un Dakota.
&lt;i&gt;&#8220;En juin 44, quand on avait appris le d&#233;barquement de
Normandie, je me disais qu'on en aurait encore pour un an.
Je ne m'&#233;tais gu&#232;re tromp&#233;...&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand la mine
embauchait tout le monde&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;De la p&#233;riode de la zone libre, puis de l'occupation allemande,
de la R&#233;sistance et de la lib&#233;ration de Gardanne,
Louis n'en sait que ce qu'ont pu lui raconter ceux qui sont
rest&#233;s, comme son ami Henri Ranguis. Originaire des Hautes
Alpes et arriv&#233; &#224; Gardanne en 1929, il travaille dans la Grande
Epicerie Marseillaise au moment de la d&#233;claration de
guerre. Pour &#233;chapper au Service du Travail Obligatoire, il est requis &#224; la mine comme tant d'autres. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#8220;J'y suis rest&#233; 27
ans. J'avais une bonne place, m&#234;me si on travaillait tous les
dimanches... Des pharmaciens, des docteurs, des avocats
descendaient &#224; la mine pour ne pas partir. Beaucoup &#233;taient
embauch&#233;s mais ne travaillaient pas, c'&#233;tait une planque.
A la lib&#233;ration, ceux-l&#224; ont repris leur activit&#233; d'avant-guerre,
on ne les a plus revus.&#8221;&lt;/i&gt; A partir de l'occupation de la
zone sud, l'atmosph&#232;re en ville s'alourdit, les innombrables
sabotages &#224; la mine ou &#224; l'usine d'alumine inqui&#232;tent les
Allemands qui multiplient les contr&#244;les. &lt;i&gt;&#8220;On les avait sur
le dos en permanence. Combien de fois j'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;, de
nuit, le fusil sur la poitrine...&#8221;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut ici rendre hommage au v&#233;ritable travail de sape ex&#233;cut&#233;
par les r&#233;sistants de tout bord, qui ont, pendant les vingt
et un mois d'occupation de la zone sud, retard&#233;, contrari&#233;,
d&#233;t&#233;rior&#233; ou d&#233;tourn&#233; la production d'alumine &#224; Gardanne,
de charbon &#224; Meyreuil ou de ciment &#224; Valdonne, qui alimentait
&#224; jets continus la machine de guerre allemande. Un
travail de fourmi, obscur et dangereux, qui allait s'intensifier
au fil des mois pour culminer au printemps 1944 et rendre
la situation invivable aux occupants...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'acide
dans les moteurs&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans son livre &lt;i&gt;La R&#233;sistance, notre
combat&lt;/i&gt;, Jean-
Maurice Claverie cite les propos d'un
mineur espagnol, responsable d'un
groupe MOI (Main d'Oeuvre Immigr&#233;e),
Emilio Berrocal : &lt;i&gt;&#8220;il ne se passait
pas de jour sans que nous
intervenions sur le mat&#233;riel : ainsi
les c&#226;bles qui tiraient les wagonnets
qui, malgr&#233; leur &#233;paisseur qui &#233;tait
de cinq &#224; six centim&#232;tres, &#233;taient habilement sectionn&#233;s en
partie, pour casser alors que le convoi &#233;tait en marche. Chacun
de nous poss&#233;dait une petite hache et c'est avec celleci
que nous coupions, dans de multiples endroits les tapis
roulants qui amenaient le charbon aux wagonnets. Un jour,
nous avions r&#233;ussi &#224; paralyser pour la journ&#233;e la cage qui
emmenait le personnel de la mine ainsi que les mat&#233;riaux
pour les multiples travaux de fond&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#233;j&#224;, en 1941, &#224; l'usine d'alumine, un ouvrier graisseur de
nuit avait r&#233;ussi un coup d'&#233;clat, en mettant hors service 233
petits moteurs &#233;lectriques en introduisant dans leurs paliers
un subtil cocktail de p&#226;te &#224; roder et de limaille, assaisonn&#233;
&#224; l'acide. Le sommet est atteint avec la destruction des autoclaves
de l'usine d'alumine dans la nuit du &lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/5-mars-1944-l-incroyable-sabotage' class=&#034;spip_in&#034;&gt;5 mars 1944&lt;/a&gt; par
des maquisards des Basses-Alpes renseign&#233;s par Victor Savine. Un pyl&#244;ne de la ligne
de haute tension qui passe au Canet de Meyreuil et qui alimente
l'usine saute &#224; la fin du m&#234;me mois. Ceux de la cimenterie
de Valdonne sont d&#233;truits &#224; la dynamite en mai. Le 14
juillet est &#8220;f&#234;t&#233;&#8221; comme il se doit par la destruction d'un pont
par un ancien mineur, Fran&#231;ois Sachetti. C'est un pont m&#233;tallique
&#224; Meyreuil, et seize kilos (!) de plastic l'allongent pour
le compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nancy a le torticolis&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut dire qu'&#224; ce moment-l&#224;, l'op&#233;ration Overlord (le d&#233;barquement
du 6 juin en Normandie) a d&#233;j&#224; eu lieu et que tous
attendent avec impatience ce que le Proven&#231;al appelle &#8220;le
jour J de la Provence&#8221;. Initialement, les
deux d&#233;barquements devaient se d&#233;rouler le m&#234;me jour, fin
mai 1944. Retard&#233; de plus de deux mois par la campagne
d'Italie, celui de la Provence ne d&#233;butera que dans la nuit du
14 au 15 ao&#251;t, jour de l'Assomption. Le 14 au soir, dans les
messages personnels transmis habituellement par la BBC,
se cachent quatre phrases d'alerte. Les trois premi&#232;res -&#8220;la
burette coule&#8221;, &#8220;le bombardement &#233;tourdit&#8221; et &#8220;le chasseur
est affam&#233;&#8221;- sont quelque peu tomb&#233;es dans l'oubli. En
revanche, celle qui devait annoncer la gu&#233;rilla g&#233;n&#233;ralis&#233;e -&#8220;Nancy a le torticolis- est rest&#233;e dans toutes les m&#233;moires.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#8220;Le 15 ao&#251;t, j'&#233;tais rue Ledru-Rollin, derri&#232;re la mairie, on
apprenait le maniement de la mitraillette Stein. D'un seul
coup, on a entendu crier &#8220;les Allemands ramassent tous
les jeunes !&#8221; Le d&#233;barquement de Provence venait d'avoir
lieu, on l'a su par la rumeur publique. On est all&#233; se cacher
dans la colline.&#8221;&lt;/i&gt; Arthur Manouelian, 72 ans, revit ces heures
cruciales comme si elles avaient eu lieu il y a trois mois.
Apr&#232;s avoir travaill&#233; chez un entrepreneur en ma&#231;onnerie,
il se retrouve dans un chantier de jeunesse en 1942, au Canet
des Maures. &lt;i&gt;&#8220;Au chantier, tous les sup&#233;rieurs &#233;taient favorables
au gouvernement. Nous, on &#233;tait
d&#233;j&#224; choqu&#233;s par l'armistice, mais on
faisait plus ou moins confiance au mar&#233;chal.
Jusqu'au jour o&#249; on nous a fait
mettre au garde &#224; vous devant la radio
qui diffusait le discours de Laval, qui
disait : je souhaite la victoire de l'Allemagne&#8221;&lt;/i&gt;.
C'&#233;tait le 22 juin 1942, et ce
jour-l&#224;, les derniers doutes que ces jeunes
pouvaient nourrir sur la nature de l'Etat
fran&#231;ais s'envolent d&#233;finitivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On montait au Cativeau
pour voir les bombardiers&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;De retour &#224; Gardanne, c'est l'embauche
&#224; l'usine d'alumine. &lt;i&gt;&#8220;Les rafles se multipliaient
pour le STO, soit-disant pour
&#233;changer des prisonniers. Plusieurs fois j'ai re&#231;u des feuilles de route. Bien s&#251;r, je ne voulais pas partir,
et je les br&#251;lais &#224; chaque fois.&#8221;&lt;/i&gt; Arthur rejoint alors la
R&#233;sistance et se retrouve dans un r&#233;seau, celui de l'ORA
(Oraganisation de R&#233;sistance de l'Arm&#233;e), dirig&#233; par Jean
Perrin. La mission : surveiller les Allemands, espionner les
terrains d'aviation, sabotage dans l'usine. &lt;i&gt;&#8220;Du petit boulot
en permanence. D'autres se chargeaient de modifier la destination
des wagons d'alumine, qui se perdaient vers la Bretagne
ou Bordeaux au lieu de se retrouver en Allemagne.&#8221;&lt;/i&gt;
Et toujours les contr&#244;les sur le Cours, les rafles &#224; la Maison
du Peuple. &lt;i&gt;&#8220;Les &#233;trangers partaient et ne revenaient pas&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand Marseille est bombard&#233;e par les Am&#233;ricains le 27 mai
1944, les Gardannais voient passer au dessus de leur t&#234;te les
250 bombardiers anglo-am&#233;ricains dans un bruit de tonnerre,
pendant que la m&#233;tropole, juste derri&#232;re la cha&#238;ne de
l'Etoile, est &#233;cras&#233;e sous un tapis de bombes. &lt;i&gt;&#8220;Nous, les
jeunes, on &#233;tait passionn&#233;s d'aviation, on montait au Cativeau
pour mieux voir, pas question de se terrer dans les caves.
La seule fois o&#249; j'y suis descendu, c'&#233;tait &#224; Marseille, pendant
une alerte, quinze jours apr&#232;s ce 27 mai. Je n'ai jamais
eu aussi peur de ma vie !&#8221;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Puis vient le 15 ao&#251;t. &lt;i&gt;&#8220;A ce moment-l&#224;, on se pr&#233;parait &#224; se
battre longtemps. Et puis tout s'est pr&#233;cipit&#233;. Le mardi, les
Alli&#233;s d&#233;barquaient dans le Var, le lundi suivant ils &#233;taient
d&#233;j&#224; l&#224;.&#8221;&lt;/i&gt; Entre temps, les occupants ont sagement battu en
retraite. &lt;i&gt;&#8220;C'&#233;tait &#224; la 19&#232;me arm&#233;e allemande qu'on avait
affaire. Il y avait beaucoup de Russes, de G&#233;orgiens, et ils
n'&#233;taient pas tr&#232;s motiv&#233;s&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout Gardanne tremblait&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Joseph Barre, artisan peintre (il &#233;tait notamment charg&#233; de
peindre en bleu les fen&#234;tres &#224; cause du couvre-feu), habitait
alors au 32, cours de la R&#233;publique. Il raconte : &lt;i&gt;&#8220;Le 19, les
Allemands commen&#231;aient &#224; partir et ils avaient besoin de
v&#233;hicules, ils fauchaient tous les v&#233;los qu'ils pouvaient. A
un moment, j'ai vu un jeune Allemand s'approcher avec son
cheval. A mon coll&#232;gue et &#224; moi, il nous a dit en fran&#231;ais :
&#034;je suis Alsacien, je ne veux plus me battre. Je vous donne
mon cheval en &#233;change de v&#234;tements civils&#034;. On a dit non,
c'&#233;tait trop risqu&#233;.&#8221;&lt;/i&gt; Le matin du 21, Gardanne est une ville
morte. Les gendarmes ont fait &#233;vacuer les habitants par
crainte d'un bombardement de l'usine d'alumine.&lt;br class='manualbr' /&gt;A l'aube, trois petits obus sont tir&#233;s par les Am&#233;ricains. L'un
tombe pr&#232;s de l'ancienne Caisse d'Epargne, un autre &#224; l'angle
de la rue Thiers, un dernier se fiche dans un platane devant
la mairie. Quelques minutes plus tard, des parlementaires &#224;
moto s'en vont &#224; la rencontre des Am&#233;ricains. &lt;i&gt;&#8220;Il y avait
un cur&#233; &#224; l'arri&#232;re, avec sa robe noire et un drapeau blanc&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;A ce moment-l&#224;, il ne reste plus que cinq Gardannais au
centre-ville, dont Joseph Barre, son fils Henri, 11 ans, et le
fr&#232;re de Victor Savine. &lt;i&gt;&#8220;Les premiers Am&#233;ricains arrivent
par la route de Gr&#233;asque (l'actuelle avenue L&#233;o-Lagrange,
NDLR). Ils avaient d&#251; passer &#224; travers champs. C'&#233;tait des
fantassins, ils avaient le fusil au bras comme s'ils allaient &#224; la chasse. Nous les avons embrass&#233;,
puis j'ai couru prendre mon appareil
photo. Ils &#233;taient tr&#232;s fatigu&#233;s, ils
se sont assis sur le trottoir. C'&#233;tait &#224;
peu pr&#232;s huit heures.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dix minutes
apr&#232;s, la ville se remplit subitement.
Les jeeps entrent en ville par le quartier
Saint-Roch, puis, un peu plus tard,
les blind&#233;s. &lt;i&gt;&#8220;Tout Gardanne tremblait
quand les chars sont pass&#233;s,
raconte Henri Ranguis, ils &#233;taient
une trentaine&#8221;&lt;/i&gt;. C'est &#233;videmment
l'euphorie, les cloches sonnent &#224; la vol&#233;e, les chewing-gums,
les cigarettes et le chocolat pleuvent. &lt;i&gt;&#8220;Ils donnaient de tout,
du whisky entre autres, je me souviens qu'un mineur en a bu
un demi-litre. Il en est mort&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les instructions du gouvernement
provisoire de la R&#233;publique...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le m&#234;me jour, la municipalit&#233; dirig&#233;e par Jules Goulet (nomm&#233;
par Vichy en 1941) est chass&#233;e par les hommes de Victor
Savine qui retrouve ses fonctions de maire &#224; la t&#234;te de la
d&#233;l&#233;gation municipale. Dans un document publi&#233; par la revue
municipale de Gardanne en 1984, on apprend comment celui
qui occupa le fauteuil de maire pendant trente-neuf ans fut
intronis&#233; : &#8220;Pendant l'occupation allemande un comit&#233; local
de lib&#233;ration clandestin s'est constitu&#233;. Les instructions du
Gouvernement Provisoire de la R&#233;publique &#224; Alger et le
Comit&#233; National de Lib&#233;ration avaient d&#233;fini et d&#233;cid&#233; comment
les comit&#233;s locaux devaient &#234;tre compos&#233;s. A Gardanne,
c'est Victor Savine, repr&#233;sentant pour les centres
miniers du MUR (mouvements unis de la R&#233;sistance) qui
avait mandat de l'organiser.&#8221; En 1971, &#224; la fin de son dernier
mandat, il expliquait lui-m&#234;me son r&#244;le &#224; la Lib&#233;ration :
&lt;i&gt;&#8220;Certes, je n'ai pas pu tout emp&#234;cher ; mais j'ai limit&#233; les
repr&#233;sailles qui &#233;taient parfois des rancunes personnelles
(...). J'ai &#233;vit&#233; le pire et sauv&#233; la vie de bien des personnes...
Fran&#231;ais ou Arm&#233;niens. A Gardanne, il n'y a pas eu pour
ainsi dire de repr&#233;sailles contre ceux qui &#233;taient pour le r&#233;gime
de Vichy ; l&#224;, j'ai rendu le Bien pour le Mal.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le grand bazar du R&#233;altor&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les Am&#233;ricains ne s'&#233;ternisent pas &#224; Gardanne. &lt;i&gt;&#8220;Ils sont
rest&#233;s un jour, apr&#232;s ils se sont install&#233;s dans un camp au
R&#233;altor. Ils venaient danser ici, certains ont fait des affaires,
se souvient Henri Ranguis. Moi, j'allais l&#224;-bas chercher des
outils, des chalumeaux, des marteaux... Une fois, on y est
all&#233; avec un camion et on a r&#233;cup&#233;r&#233; un &#233;tabli avec douze
tiroirs. On trouvait aussi des pantalons, des chemises...&#8221;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Joseph Barre revoit &lt;i&gt;&#8220;une v&#233;ritable petite ville, avec tout ce
qu'il fallait. Du mat&#233;riel, de la nourriture, ils en avaient bien
plus que n&#233;cessaire... C'&#233;tait un immense trafic.&#8221;&lt;/i&gt; Henri, son
fils, se m&#233;fiait tout particuli&#232;rement de la MP, la police militaire,
qui veillait au grain. &lt;i&gt;&#8220;Une fois, avec un copain, on s'est
fait prendre sur la route. On leur a dit qu'on &#233;tait de Gardanne,
alors ils nous ont envoy&#233; &#224; Berre...&#8221;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Gardanne est lib&#233;r&#233;e, mais la guerre n'est pas finie. Les
troupes allemandes retranch&#233;es dans Marseille tiendront
encore une semaine avant de se rendre au g&#233;n&#233;ral de Monsabert.
Dans le bassin minier, les FFI et les FTPF veulent
continuer le combat. Certains s'engagent individuellement
dans les arm&#233;es fran&#231;aises de passage. D'autres se regroupent
et rejoignent &#224; Aix le bataillon FFI de Provence. Ces
cinquante-l&#224; s'illustreront pendant plusieurs mois et resteront
dans les m&#233;moires sous le nom de commando Courson.
Mais c'est d&#233;j&#224; une autre histoire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/21-aout-1944-libres-enfin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;retour au dossier &lt;i&gt;21 ao&#251;t 1944 : libres, enfin&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils n'ont pas vu
Gardanne lib&#233;r&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la lib&#233;ration de Gardanne n'a pas donn&#233;
lieu &#224; de violents affrontements, deux civils sont morts
ce jour-l&#224;, derni&#232;res victimes de la folie des hommes.
Il s'agit de Laurent Biancotto, qui n'avait pas dixneuf
ans, et Jean Gautier, qui en avait soixantequatorze.
Cinq jours avant, un bombardement alli&#233;
sur la gare avait co&#251;t&#233; la vie &#224; Fortun&#233; Gautier
(quarante-quatre ans), Mickael Lovezanin (vingt-et
un ans) et Michel Tassone (trente-huit ans). Ceux-l&#224;,
et tous ceux dont le nom est grav&#233; sur le monument
aux morts du cimeti&#232;re et qui sont tomb&#233;s les armes
&#224; la main, resteront pour toujours dans le coeur des
Gardannais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>21 ao&#251;t 1944 : libres, enfin</title>
		<link>https://imaginaires.brunocolombari.fr/21-aout-1944-libres-enfin</link>
		<guid isPermaLink="true">https://imaginaires.brunocolombari.fr/21-aout-1944-libres-enfin</guid>
		<dc:date>2005-07-14T11:42:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno</dc:creator>


		<dc:subject>Energies</dc:subject>
		<dc:subject>La mine</dc:subject>
		<dc:subject>Gardanne</dc:subject>
		<dc:subject>Pechiney</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le r&#233;cit de la lib&#233;ration de Gardanne par l'arm&#233;e am&#233;ricaine, avec des t&#233;moignages recueillis lors du cinquantenaire, en 1994&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/+-Pechiney-+" rel="tag"&gt;Pechiney&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait un lundi, c'&#233;tait un 21 ao&#251;t, c'&#233;tait en 1944. Les cloches sonnaient &#224; la vol&#233;e, les jeeps
am&#233;ricaines d&#233;boulaient par l'avenue de Nice et les Gardannais descendaient des collines o&#249;
ils s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;s. Apr&#232;s vingt-deux mois d'occupation allemande, le bassin minier, appuy&#233;
sur la R&#233;sistance, se lib&#233;rait - relativement - en douceur, r&#233;glait quelques comptes et se
retroussait les manches pour participer, en premi&#232;re ligne, &#224; l'effort de redressement industriel.
Pour ne pas laisser s'effacer la m&#233;moire de ces temps exceptionnels, nous avons retrouv&#233;
quelques acteurs, glorieux ou anonymes, de la lib&#233;ration de la ville. La parole est &#224; eux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_15 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L250xH324/liberation50ans-52e81.jpg?1732460261' width='250' height='324' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Il-etait-une-fois-la-Liberation' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Il &#233;tait une fois la Lib&#233;ration&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils ont v&#233;cu la guerre chacun de leur c&#244;t&#233;, dans une galerie de mine &#224; mille m&#232;tres sous terre ou dans une ferme autrichienne &#224; mille kilom&#232;tres de la Provence, dans un chantier de jeunesse du Var ou dans les ateliers de l'usine d'alumine. Tous sont Gardannais, ont entre soixante et quatre-vingt dix ans et se souviennent de ces heures terribles et exaltantes de leur jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Cinquante-Gardannais-pour-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Cinquante Gardannais pour l'Histoire&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;De la caserne Miollis &#224; Aix aux abords du lac de Constance, les commandos Courson ont poursuivi la guerre jusqu'au bout pour achever la lib&#233;ration de la France. Et ont v&#233;cu les m&#234;mes instants d'all&#233;gresse que les Am&#233;ricains &#224; Gardanne. Deux d'entre eux ne sont jamais revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Des-jeeps-et-des-medailles' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Des jeeps et des m&#233;dailles&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Du square Veline au monument aux morts de l'H&#244;tel de ville en passant par l'exposition &#224; la Maison du Peuple, Gardanne a honor&#233; la m&#233;moire de ses lib&#233;rateurs les 20 et 21 ao&#251;t 1994. Mais c'est la travers&#233;e de la ville par une vingtaine de v&#233;hicules de l'arm&#233;e am&#233;ricaine qui a cr&#233;&#233; la plus
forte &#233;motion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Se souvenir de l'avenir</title>
		<link>https://imaginaires.brunocolombari.fr/Se-souvenir-de-l-avenir</link>
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		<dc:date>2005-07-02T20:59:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno</dc:creator>


		<dc:subject>Energies</dc:subject>
		<dc:subject>La mine</dc:subject>
		<dc:subject>Gardanne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La mine de Gardanne a ferm&#233; le 1er f&#233;vrier 2003. Une semaine plus tard, la Ville lui rend hommage.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/+-Gardanne-+" rel="tag"&gt;Gardanne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Plus de quatre cents habitants du bassin minier se sont retrouv&#233;s devant l'H&#244;tel de Ville le samedi 8 f&#233;vrier, pour t&#233;moigner et rendre hommage &#224; toutes les g&#233;n&#233;rations de mineurs qui se sont succ&#233;d&#233;es. Le Th&#233;&#226;tre du maquis de Pierre B&#233;ziers, ancien mineur lui-m&#234;me, a mis en forme des textes, po&#232;mes et chansons, dont certains &#233;crits par des &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole de Fontvenelle. Un grand moment d'&#233;motion, c&#339;urs et poings serr&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il a les yeux rougis par l'&#233;motion, Pierre B&#233;ziers. Il est 16h45, le soleil d'hiver a gliss&#233; derri&#232;re les maisons du cours et la temp&#233;rature rafra&#238;chit brusquement. Des vieux mineurs viennent lui serrer la main. Le directeur du Th&#233;&#226;tre du Maquis a conclu l'apr&#232;s-midi quelques minutes plus t&#244;t, le poing gauche lev&#233;, sur la chanson contestataire am&#233;ricaine Sixteen tons. Mais c'est un peu plus t&#244;t encore qu'il a donn&#233; ce qu'il avait de plus profond en lui dans un superbe et d&#233;chirant &#171; Je me souviens. &#187; &lt;i&gt;&#171; Je me souviens du fleuve de charbon qui coulait dans la taille et que tous les mineurs aiment regarder. Je me souviens des fins de poste. A la recette, on plaisantait en attendant la cage. Je me souviens d'un mineur qui croquait des gousses d'ail pour patienter. Une fois j'en ai croqu&#233; une qu'il m'a propos&#233;e. J'&#233;tais &#224; jeun. &#199;a m'a fait une onde de choc dans l'estomac. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui fait la puissance d'un t&#233;moignage ? Assur&#233;ment sa sinc&#233;rit&#233;. Pierre B&#233;ziers, avant d'&#234;tre homme de th&#233;&#226;tre, a travaill&#233; &#224; la mine. Dix ans. Comme ing&#233;nieur d'exploitation. Autant dire qu'il descendait au fond presque tous les matins. Il sait donc de quoi il parle. &lt;i&gt;&#171; Aujourd'hui, on ressent une gravit&#233;, c'est certain. On mesure &#224; quel point c'est important, la place de la mine. La culture mini&#232;re, &#231;a veut dire quelque chose. &#187; En dix jours &#224; peine, le Th&#233;&#226;tre du Maquis a construit un spectacle, une mise en forme de textes. &#171; J'en ai cherch&#233; de mon c&#244;t&#233;, une chanson de Nougaro (les mines de charbon) ou Sixteen tons. Mais finalement, le plus int&#233;ressant c'est les textes vivants. Pour celui que nous a envoy&#233; Fran&#231;ois Cervant&#232;s, on lui a demand&#233; de venir le lire lui-m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#339;urs et poings serr&#233;s, suivi par de nombreux m&#233;dias (France 3, M6, i&gt;t&#233;l&#233;, l'AFP, les agences Reuters, Sipa et Sygma), avait commenc&#233; par un discours de Roger Me&#239;, dans lequel il d&#233;non&#231;ait le fait qu' &lt;i&gt;&#171; on jette aux orties des savoir-faire acquis au fil des si&#232;cles pour faire place nette aux trusts p&#233;troliers qui pourrissent all&#232;grement notre plan&#232;te, et nous pr&#233;parent la guerre. &#187;&lt;/i&gt; Face aux arguments de non-rentabilit&#233; avanc&#233;s pour la fermeture de la mine, il d&#233;clarait : &lt;i&gt;&#171; oui, nos c&#339;urs se sont serr&#233;s mais nos poings aussi pour dire notre col&#232;re et notre d&#233;termination &#224; refuser aujourd'hui comme hier ces arguments pr&#233;tendus &#233;conomiques qui permettent d&#233;sormais de justifier n'importe quel crime social. &#187;&lt;/i&gt; Roger Me&#239; rappelait &#233;galement que &lt;i&gt;&#171; se battre aujourd'hui ici c'est aussi revendiquer fort la dignit&#233; pour ceux qui &#224; des milliers de kilom&#232;tres d'ici en sont priv&#233;s. Ces combats, les mineurs les ont men&#233;s tout au long de leur histoire. Rappelons nous la grande gr&#232;ve des mineurs anglais contre madame Thatcher et de la solidarit&#233; que leur avait t&#233;moign&#233;e les mineurs de France et notamment ceux de Provence. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il a salu&#233; l'apport massif de main d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re qui, tout au long du vingti&#232;me si&#232;cle, ont fa&#231;onn&#233; la ville : &lt;i&gt;&#171; Gardanne aujourd'hui t&#233;moigne sa reconnaissance &#224; ceux, mineurs venus des quatre coins du monde qui ont fond&#233; ici une communaut&#233; humaine laborieuse et solidaire. En votre nom &#224; tous, je salue ces mineurs venus d'Europe chass&#233;s par la mis&#232;re ou le fascisme, mineurs venus d'Arm&#233;nie, de Pologne, d'Espagne, ou venus de l'autre rive de la M&#233;diterran&#233;e qui avec les Proven&#231;aux de souche ou les mineurs mut&#233;s des autres bassins miniers ont form&#233; ici une communaut&#233; de travail et de solidarit&#233;. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le parvis de l'H&#244;tel de ville, une grande lampe de mineur vient d'&#234;tre allum&#233;e. Elle est le fruit du travail de l'entreprise Grimaud. Parmi les &#233;lus pr&#233;sents, on remarquait Michel Vax&#232;s (d&#233;put&#233;), Suzanne Maurel (Gr&#233;asque), Patrick Malavieille (Conseil g&#233;n&#233;ral du Gard), Roger Tassy (Trets), Robert Allione (vice-pr&#233;sident du Conseil r&#233;gional) et des repr&#233;sentants de l'association des communes mini&#232;res de France. Dans la foule, pr&#232;s de la table o&#249; les habitants viennent inscrire quelques mots dans les trois livres d'or, il y a Claude Biver. C'est son arri&#232;re-grand-p&#232;re, Ernest Biver, qui avait con&#231;u la fameuse galerie de la mer si souvent &#233;voqu&#233;e. &lt;i&gt;&#171; L'essentiel a &#233;t&#233; montr&#233; aujourd'hui, constate-t-il. Il faut essayer de garder un peu d'espoir. J'esp&#232;re que le charbon reprendra de la valeur dans dix ou vingt ans. Il faut garder des possibilit&#233;s et surtout faire profiter d'autres sites du savoir-faire qu'il y a ici. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi s'achevait par un appel &#224; manifester le 12 f&#233;vrier pour l'emploi et le 15 f&#233;vrier contre la guerre. C&#339;urs et poings serr&#233;s, oui, mais bras baiss&#233;s, s&#251;rement pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Paroles de mineurs</title>
		<link>https://imaginaires.brunocolombari.fr/Paroles-de-mineurs</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno</dc:creator>


		<dc:subject>Energies</dc:subject>
		<dc:subject>La mine</dc:subject>
		<dc:subject>Gardanne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des mineurs belges et britanniques confrontent leur v&#233;cu &#224; ceux de Gardanne&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du 9 au 15 mai, la M&#233;diath&#232;que a fait revivre la m&#233;moire de
la mine dans le cadre d'une semaine europ&#233;enne qui aura r&#233;uni mineurs
et historiens en France, en Grande-Bretagne, en Belgique, en Hongrie
et en Roumanie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a eu des conf&#233;rences sur la CECA,
sur les &#233;nergies du futur, des documentaires
vid&#233;o, des contes pour les
enfants. Mais le point culminant de la
semaine europ&#233;enne de la mine &#224; Gardanne,
c'&#233;tait le jeudi 12 mai , dans un
auditorium plein comme un &#339;uf. Autour
de l'historien Philippe Mioche,
neuf mineurs. Deux sont Anglais, deux
sont Belges, les cinq autres viennent
du bassin minier de Gardanne. Pendant
plus de deux heures, ils ont t&#233;moign&#233;
de leur vie au fond, compar&#233;
leurs conditions de vie, soulign&#233; les
ressemblances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Aliboni est n&#233; en Toscane. Ses
parents ont fui la mis&#232;re de l'apr&#232;sguerre
pour travailler en Belgique, et
Sergio se retrouve &#224; la mine &#224; 15 ans.
&lt;i&gt;&#171; J'avais peur de descendre. Les mines
&#233;taient tr&#232;s chaudes, tr&#232;s poussi&#233;reuses,
avec des veines tr&#232;s &#233;troites.
On travaillait &#224; quatre pattes. On disait : l&#224; o&#249; la lampe passe, l'homme doit
passer. A la maison, on cuisinait avec
du beurre et de l'huile pour combattre
la silicose qui nous arrachait &#224; notre
famille. On habitait dans des
baraquements qui avaient servi pour des prisonniers allemands. Moi m&#234;me,
je ne sais plus vraiment si je suis italien
ou belge. Je suis peut-&#234;tre europ&#233;en.
L'Europe, c'est au fond de la
mine qu'elle s'est faite. &#187;&lt;/i&gt; Sergio est
d&#233;sormais administrateur du Bois du
Cazier &#224; Marcinelle, sur les lieux m&#234;mes
de la terrible catastrophe du 8 ao&#251;t
1956 qui a co&#251;t&#233; la vie &#224; 262 mineurs
de 12 nationalit&#233;s diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Anglais Don Dart raconte qu'&#224; Bath,
&lt;i&gt;&#171; il y avait beaucoup d'immigrants,
mais ils &#233;taient bien int&#233;gr&#233;s. Ils venaient
de pays o&#249; il n'y avait pas de
travail. Ils ont form&#233; une communaut&#233;
avec les mineurs anglais, et &#224; la fin
de leur carri&#232;re, ils sont rest&#233;s. &#187;&lt;/i&gt; Francis
Pelissier tente alors une comparaison
avec l'int&#233;gration difficile des
Italiens dans le Sud de la France. &lt;i&gt;&#171; Le
ciment entre les diff&#233;rentes nationalit&#233;s,
&#231;a a &#233;t&#233; d'abord le Front populaire,
et ensuite le Maquis. Avant, il
faut reconna&#238;tre qu'il y avait des antagonismes
entre les mineurs proven&#231;aux
et les Pi&#233;montais, souvent utilis&#233;s
par les houill&#232;res pour briser les gr&#232;ves. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; bien s&#251;r aussi question de fermeture.
Dans le Somerset, elle s'est
faite en douceur, en 1973, par &#233;puisement
du gisement. &lt;i&gt;&#171; La fermeture n'a
surpris personne, souligne Don Dart.
Il faut dire que c'&#233;tait le plein emploi
&#224; l'&#233;poque, et il &#233;tait facile de trouver
du travail. D'ailleurs, il n'y avait pas
d'aide &#224; la reconversion. &#187;&lt;/i&gt; La situation
en France est bien diff&#233;rente :
&lt;i&gt;&#171; Dans 10, 20 ou 30 ans, on verra les
d&#233;g&#226;ts sociologiques de la fermeture
avec des hommes renvoy&#233;s &#224; la maison
&#224; 40 ans, t&#233;moigne Alain Barrier
responsable du syndicat CGT des mineurs.
La direction n'a pas voulu accompagner
&#231;a. &#187;&lt;/i&gt; Marcel Hardy, mineur
belge, s'est quant &#224; lui &#233;tonn&#233; &lt;i&gt;&#171; qu'une
mine qui assurait un rendement de 13
tonnes par mineur et par jour ait pu
&#234;tre ferm&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot de la fin, c'est l'ancien mineur
Roland Mag&#232;re qui le donnera : &lt;i&gt;&#171; A
mille kilom&#232;tres de distance, on ressent
la m&#234;me chose. Vous avez parl&#233;
avec votre c&#339;ur ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du charbon &#224; ITER&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre du cycle Sciences &amp; Id&#233;es, la M&#233;diath&#232;que avait invit&#233; l'historien Xavier
Daumalin et le physicien Roland Stamm. Le premier a bross&#233; le tableau de 560
ans d'exploitation en Provence et des 128 millions de tonnes de charbon extraites
du sous-sol (&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/La-mine-une-histoire-verticale' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir La mine, une histoire verticale&lt;/a&gt;). Roland Stamm,
lui, s'est tourn&#233; vers l'avenir. &lt;i&gt;&#171; La demande &#233;nerg&#233;tique mondiale devrait doubler
d'ici 2030, et la part des combustibles fossiles va encore augmenter. Parmi eux, le
charbon est celui dont les r&#233;serves sont les plus importantes. &#187;&lt;/i&gt; Mais les &#233;nergies fossiles
finiront par s'&#233;puiser, et ce sont elles qui contribuent le plus &#224; la pollution
atmosph&#233;rique et aux d&#233;r&#232;glements climatiques. La fusion nucl&#233;aire est-elle la solution
miracle ? &lt;i&gt;&#171; On n'a pas de garantie absolue que &#231;a marchera un jour. Et si c'est
le cas, ce ne sera pas avant la fin du si&#232;cle. Entre temps, il faudra bien diversifier les
sources d'&#233;nergies, et aussi ma&#238;triser la consommation. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La mine, une histoire verticale</title>
		<link>https://imaginaires.brunocolombari.fr/La-mine-une-histoire-verticale</link>
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		<dc:date>2005-07-02T20:50:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno</dc:creator>


		<dc:subject>Energies</dc:subject>
		<dc:subject>La mine</dc:subject>
		<dc:subject>Gardanne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une introduction &#224; l'histoire du bassin minier de Gardanne, avec des t&#233;moignages de mineurs&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/-Histoires-gardannaises-" rel="directory"&gt;Histoires gardannaises&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/+-Energies-+" rel="tag"&gt;Energies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/+-La-mine-+" rel="tag"&gt;La mine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/+-Gardanne-+" rel="tag"&gt;Gardanne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La particularit&#233; de l'histoire de la mine, c'est qu'elle traverse
des couches successives de l'histoire humaine : on y trouve de
la g&#233;ologie, de l'&#233;conomie, de la physique, de la politique, de la sociologie...
et tout au fond, comme un tr&#233;sor cach&#233;, un grand gisement
de solidarit&#233;, cette &#233;nergie renouvelable.&lt;br class='manualbr' /&gt;Des s&#233;diments du fuvelien, d&#233;pos&#233;s &#224; l'&#233;poque des dinosaures,
aux m&#233;thodes modernes de foudroyage en passant par l'introduction
de la machine &#224; vapeur, les grandes gr&#232;ves, l'arriv&#233;e de la
main d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re ou la R&#233;sistance, c'est un voyage extraordinaire
que l'on entreprend quand on &#233;tudie cette aventure humaine et
auquel nous vous invitons &#224; travers ce recueil.&lt;br class='manualbr' /&gt;A ceux qui pourraient penser que cette histoire s'est d&#233;finitivement
achev&#233;e le 1er f&#233;vrier 2003, on r&#233;pondra que la mine vit encore
chez les milliers de ceux qui y ont consacr&#233; trente ans de leur
existence.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#201;coutez-les. Ils ont tant de choses &#224; vous apprendre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Le-lignite-de-Provence' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le lignite de Provence&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le charbon de Provence est exploit&#233; depuis plusieurs si&#232;cles, d'abord pour se chauffer, puis pour produire de la vapeur &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re r&#233;volution industrielle. Son ultime mission aura &#233;t&#233; d'alimenter la centrale thermique lors des cinquante derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Les-mineurs' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les mineurs&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;D'abord paysans proven&#231;aux, puis Italiens, Polonais, Arm&#233;niens, Tch&#232;ques, Espagnols, Alg&#233;riens, Tunisiens, Marocains, ils sont plusieurs milliers &#224; &#234;tre descendus sous la terre pour en extraire le charbon. Ecoutez leur t&#233;moignage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Extraits-de-courriers-il-y-a-cent' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Extraits de courriers, il y a cent ans&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Retrouv&#233;s aux Archives d&#233;partementales, ces lettres &#233;chang&#233;es entre la direction et les syndicats montrent la r&#233;alit&#233; des rapports sociaux aux alentours de 1900.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Temoignages-de-femmes-et-de-filles' class=&#034;spip_in&#034;&gt;T&#233;moignages de femmes et de filles de mineurs&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Recueillies sur un CD par Serge Cremonesi et C&#233;cile Rayar-Bregou, ces paroles racontent le quotidien des femmes et des filles, &#224; la mine, &#224; la maison et dans les luttes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Les-installations' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les installations&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Des premi&#232;res descenderies &#224; l'ultramoderne puits Y, la mine a aussi &#233;t&#233; un lieu d'innovation technologique, pour aller chercher le charbon de plus en plus profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/L-histoire-du-Grand-ensemble-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'histoire du Grand ensemble de Provence&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le dernier grand chantier de la mine a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 70, termin&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 80 et ferm&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Histoire d'un g&#226;chis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Le-role-de-l-Europe-et-de-l-Etat' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le r&#244;le de l'Europe et de l'Etat&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Tenter de d&#233;crypter la politique charbonni&#232;re nationale et europ&#233;enne n'est pas une mince affaire. Soutien &#224; la production et menaces de fermeture se sont succ&#233;d&#233;s depuis un demi-si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/La-reconversion' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La reconversion&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sous la pression des &#233;lus, l'Etat a d&#233;cid&#233; l'implantation d'une &#233;cole d'ing&#233;nieurs en micro&#233;lectronique. Apr&#232;s la fermeture de la mine, la Ville a rachet&#233; les carreaux des puits Y et Z dans le cadre de la reconversion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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