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	<title>imaginaires</title>
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	<description>Pour me contacter, voir le site brunocolombari.fr</description>
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		<title>Eclore</title>
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		<dc:creator>Bruno</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Trente-huit ann&#233;es de la vie d'Aude et du rapport &#224; son corps de femme, avec ses changements, ses traumatismes et ses explorations. Un somptueux travail graphique et biographique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/-Livres-" rel="directory"&gt;Livres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L150xH79/eclore_logo-285e6.jpg?1732731009' alt='' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' onmouseover='' onmouseout='' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Trente-huit ann&#233;es de la vie d'Aude et du rapport &#224; son corps de femme, avec ses changements, ses traumatismes et ses explorations. Un somptueux travail graphique et biographique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand, comme moi, on lit une BD classique beaucoup trop vite, le roman graphique est un vrai bonheur. Un bon gros pav&#233; de 250 ou 300 pages qui promet une immersion dans le r&#233;cit et dans le dessin, avec ses changements de rythme, de format et de couleurs.&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_2263 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH658/eclore_couv-cd11e.jpg?1732744404' height='658' width='500' alt='JPEG - 146.5 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Aude Mermilliod vient de sortir &lt;i&gt;&#233;clore&lt;/i&gt;, un superbe album chez Casterman, dont la couverture est d&#233;j&#224; une promesse. Comment on parvient &#224; devenir ce que l'on est vraiment, au-del&#224; des attentes, des projections, des peurs et des blessures. Car &#233;videmment, au d&#233;part de &lt;i&gt;&#233;clore&lt;/i&gt;, il y a des humiliations aupr&#232;s des gar&#231;ons, les injonctions du corps qui se transforme (&#171; chaque bout de moi &#233;tait un projet &#187;) et&#8230; un viol &#224; quatorze ans inflig&#233; par un gar&#231;on plus &#226;g&#233; qu'elle. Autrefois, on aurait parl&#233; de rapport forc&#233;, non consenti, mais c'est un viol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;cision, la lucidit&#233; et la puissance avec laquelle elle revient sur ce moment qui aurait pu d&#233;truire sa vie, c'est bouleversant, mais pas seulement. &#199;a pose plein de questions, sur nos propres exp&#233;riences, nos propres mani&#232;res, notre propre capacit&#233; &#224; &#234;tre &#224; l'&#233;coute de l'autre. C'est un miroir tendu aux lecteurs masculins (m&#234;me si ce n'&#233;tait peut-&#234;tre pas l'intention), et une ode (sans jeu de mots, mais un peu quand m&#234;me) &#224; la puissance des femmes, incarn&#233;e au milieu du r&#233;cit par une panth&#232;re vengeresse et lib&#233;ratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du r&#233;cit, puisque c'est un roman graphique, il y a le dessin. Comme Emma, Aude Mermilliod a souvent dit qu'elle ne savait pas dessiner (sans doute parce qu'on lui a dit). Et pourtant, son dessin va de la ligne claire la plus classique &#224; la mise en page &#233;clat&#233;e (qui rappelle, &#233;videmment, celle de JeanLouis Tripp) en passant par des effets de lumi&#232;re et de couleurs particuli&#232;rement expressifs, ou cette image r&#233;currente d'une petite tige qui s'enracine, qui devient plante, arbuste et finalement un arbre resplendissant de volume et de couleurs, mais toujours avec un plan en coupe qui montre autant l'ext&#233;rieur, &#224; l'air libre, que l'int&#233;rieur, sous la surface du sol. Dedans, dehors, soi-m&#234;me et les autres : &#233;clore.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Aude Mermilliod &#233;tait l'invit&#233;e le 30 octobre 2024 de l'&#233;mission de Daniel Schneidermann, &lt;a href=&#034;https://www.arretsurimages.net/emissions/slp/eclore-construction-dune-identite-sexuelle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur la planche&lt;/a&gt;, diffus&#233;e par Arr&#234;t sur Images (acc&#232;s r&#233;serv&#233; aux abonn&#233;s).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le D&#233;luge</title>
		<link>https://imaginaires.brunocolombari.fr/Le-Deluge</link>
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		<dc:date>2024-11-25T18:29:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Ecrit en dix ans et termin&#233; en 2022, Le D&#233;luge est un objet hybride de plus de mille pages, une sorte de reportage qui prend racine dans notre monde et qui s'&#233;tire jusqu'en 2039. Un bon mois de lecture dont on ne sort pas indemne.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/-Livres-" rel="directory"&gt;Livres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L150xH120/deluge_logo-4c3a8.jpg?1732559363' alt='' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' onmouseover='' onmouseout='' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ecrit en dix ans et termin&#233; en 2022, Le D&#233;luge est un objet hybride de plus de mille pages, une sorte de reportage qui prend racine dans notre monde et qui s'&#233;tire jusqu'en 2039. Un bon mois de lecture dont on ne sort pas indemne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le hasard a fait que ce livre m'a &#233;t&#233; offert le 6 octobre, un mois avant l'&#233;lection pr&#233;sidentielle aux Etats-Unis, et que je l'ai fini quelques jours apr&#232;s cette derni&#232;re. Et bien s&#251;r, comme souvent, la r&#233;alit&#233; d&#233;passe la fiction. Stephen Markley a commenc&#233; &#224; &#233;crire Le D&#233;luge en 2013, date qui figure dans le titre du premier chapitre du livre, Les changements de phase des hydrates de m&#233;thane. Non, ce n'est pas un article de Reporterre (site hautement recommandable, m&#234;me si sa lecture r&#233;guli&#232;re est bien plus effrayante que bien des films d'horreur), car ceux-ci ne font pas mille pages. Mais bien le point de d&#233;part d'une histoire qui va se d&#233;rouler sur un quart de si&#232;cle, jusqu'en 2039, et dont on est &#224; un peu moins de la moiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible de r&#233;sumer une somme pareille, ni m&#234;me de la qualifier pr&#233;cis&#233;ment. Ce n'est pas vraiment de la science-fiction, c'est m&#234;me partiellement de la fiction puisqu'on y croise de nombreux personnages bien r&#233;els. Les &#233;l&#233;ments scientifiques, dont les fameux hydrates de m&#233;thane, sortes de bombes &#224; retardement plac&#233;es dans les fonds sous-marins et tr&#232;s sensibles &#224; la hausse des temp&#233;ratures, sont parfaitement document&#233;s. Et les ph&#233;nom&#232;nes m&#233;t&#233;orologiques extr&#234;mes, qui d&#233;vastent des r&#233;gions enti&#232;res des Etats-Unis en les rendant inhabitables, ne sont que de l'existant une fois les curseurs pouss&#233;s au maximum.&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_2257 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH784/le_deluge_markley-83c31.jpg?1732564326' height='784' width='500' alt='JPEG - 64.7 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui fait la richesse du D&#233;luge est moins sa veine catastrophiste &#8212; m&#234;me si elle est d'autant plus effrayante que chaque m&#233;gafeu et chaque rivi&#232;re atmosph&#233;rique (comme celle qui a frapp&#233; cet automne une partie de l'Espagne) est comme un avant-go&#251;t de ce qui nous attend &#8212; que sa dimension politique. Car &#224; la d&#233;gradation acc&#233;l&#233;r&#233;e du climat r&#233;pond une fuite en avant fasciste de la classe politique &#233;tatsunienne, qui r&#233;prime les mouvements sociaux de plus en plus radicalis&#233;s (avec une version g&#233;ante d'Occupy Wall Street sur le Mall de Washington) par une violence arm&#233;e d&#233;brid&#233;e, soutenue par des milices d'extr&#234;me-droite en roue libre. Le tout dans un contexte de surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e et d'IA incontr&#244;lables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous trouvez que &#231;a fait beaucoup ? Et pourtant. J'&#233;tais arriv&#233; dans le dernier cinqui&#232;me du livre quand Trump a &#233;t&#233; r&#233;&#233;lu, une hypoth&#232;se que Stephen Markley n'avait m&#234;me pas envisag&#233;e. J'avais referm&#233; l'ouvrage depuis quelques jours quand l'escalade nucl&#233;aire entre la Russie et l'Otan a pris une dimension peut-&#234;tre irr&#233;versible. Le roman se termine en 2039, soit dans une quinzaine d'ann&#233;es. Quelle quantit&#233; de cataclysmes, militaires et climatiques, allons-nous endurer d'ici-l&#224; ? D'une certaine mani&#232;re, on peut m&#234;me consid&#233;rer que Le D&#233;luge est un livre plut&#244;t optimiste. Et c'est &#231;a le plus inqui&#233;tant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>R&#233;sister &#224; la culpabilisation</title>
		<link>https://imaginaires.brunocolombari.fr/Resister-a-la</link>
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		<dc:date>2024-11-12T14:27:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Encore une p&#233;pite de Mona Chollet, une de plus, qui remonte aux causes premi&#232;res de la culpabilisation qui rend nos vies si compliqu&#233;es, et si fatigantes. Et toujours en partant de sa propre exp&#233;rience, aussi singuli&#232;re qu'universelle.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/-Livres-" rel="directory"&gt;Livres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L150xH97/resister_culpa_logo-f5248.jpg?1732631277' alt='' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' onmouseover='' onmouseout='' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Encore une p&#233;pite de Mona Chollet, une de plus, qui remonte aux causes premi&#232;res de la culpabilisation qui rend nos vies si compliqu&#233;es, et si fatigantes. Et toujours en partant de sa propre exp&#233;rience, aussi singuli&#232;re qu'universelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir travaill&#233; sur la puissance des femmes (&lt;i&gt;Sorci&#232;res&lt;/i&gt;, 2018), puis sur la fa&#231;on dont le patriarcat d&#233;truit les relations h&#233;t&#233;rosexuelles (&lt;i&gt;R&#233;inventer l'amour&lt;/i&gt;, 2021), Mona Chollet se penche sur un ph&#233;nom&#232;ne que nous connaissons toutes et tous, et en particulier les cat&#233;gories domin&#233;es et maltrait&#233;es : la culpabilisation, qu'elle qualifie d'ennemi int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme elle le fait dans chacun de ses livres, elle a l'&#233;l&#233;gance et le talent de partir de sa propre exp&#233;rience, de l'autrice en tant que sujet, et de s'examiner sans complaisance ni nombrilisme, mais d'une mani&#232;re qui nous renvoie &#224; ce que nous vivons au quotidien. En l'occurrence, le sentiment de culpabilit&#233; qui nous entrave et nous pourrit la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle raconte ainsi que le succ&#232;s &#233;ditorial de ses pr&#233;c&#233;dents livres lui ont permis de se consacrer &#224; l'&#233;criture &#224; temps plein et &#224; abandonner ainsi son travail salari&#233; (cheffe d'&#233;dition au &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;, on conna&#238;t bien pire). Mais voil&#224;, il faut &#171; r&#233;apprendre &#224; &#234;tre libre, si difficile que ce soit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_2259 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH732/resister_culpabilisation-8f400.jpg?1732630589' height='732' width='500' alt='JPEG - 129.3 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Mais d'o&#249; vient cette culpabilisation ? Un d&#233;tour historique met en avant le poids de l'h&#233;ritage chr&#233;tien, et en particulier du p&#233;ch&#233; originel cher &#224; Saint Augustin qui en a fait un dogme de l'Eglise et qui a travers&#233; les si&#232;cles, alors qu'il aurait pu en &#234;tre autrement, puisque l'&#233;v&#234;que Julien d'&#201;clane &#233;tait sur une toute autre ligne, consid&#233;rant &#171; l'humanit&#233; comme une esp&#232;ce parmi d'autres. On mesure tout ce qui aurait &#233;t&#233; diff&#233;rent si l'Eglise avait choisi de le suivre &#187;. &#199;a n'a pas &#233;t&#233; le cas, et le p&#233;ch&#233; originel a &#233;t&#233; &#171; le moteur atomique de la culpabilit&#233; chr&#233;tienne &#187;. C'est ainsi que le christianisme est devenu &#171; une religion de l'anxi&#233;t&#233; &#187; et que nous sommes pour la plupart convaincus &#171; qu'un &#233;tat de bonheur ne peut jamais durer et qu'un malheur va forc&#233;ment arriver &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sous la culpabilisation, les rapports de domination&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tout le livre est travers&#233; par le dehors et le dedans, et les liens de causalit&#233; entre les deux. Le dedans, c'est la culpabilisation qui nous rabaisse, nous bloque et nous &#233;puise. Le dehors, ce sont les rapports de domination (on en revient toujours &#224; &#231;a, finalement) dans le double cadre du capitalisme et du patriarcat, les deux &#233;tant &#233;videmment li&#233;s. Ainsi, les femmes sont toujours consid&#233;r&#233;es comme p&#233;cheresses et inf&#233;rieures, les enfants ont longtemps &#233;t&#233; assimil&#233;s &#224; des cr&#233;atures diaboliques qu'il &#233;tait l&#233;gitime et juste de ch&#226;tier &#8212; et ce d&#233;bat existe encore. &#171; Les tenant&#183;es de l'&#233;ducation autoritaire semblent consid&#233;rer que le monde a toujours raison face &#224; l'enfant. Le mot d'ordre est celui d'une adaptatibilit&#233; aveugle, absolue [...] Dans les objectifs invoqu&#233;s par les &#233;ducateurs et &#233;ducatrices conservatrices d'aujourd'hui, l'insertion dans le march&#233; du travail et la conjuration du ch&#244;mage semblent avoir remplac&#233; le salut de l'&#226;me et la conjuration de l'Enfer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'injonction &#224; la productivit&#233; est aussi tr&#232;s puissante, y compris pour les gens, comme elle, qui travaillent de fa&#231;on ind&#233;pendante (je peux en t&#233;moigner). &#171; Ne plus &#234;tre salari&#233;e, ne plus faire qu'&#233;crire des livres, a bouscul&#233; mon bel &#233;quilibre. L'&#233;l&#233;ment effort a disparu ; il ne reste que l'&#233;l&#233;ment r&#233;compense, et je me retrouve comme un automate d&#233;traqu&#233;. &#187; L&#224; aussi, c'est un h&#233;ritage qui nous vient de loin, pas autant que Saint Augustin, mais du 16e si&#232;cle et du calvinisme, qui a enfant&#233; le capitalisme : &#171; Ayons honte de demeurer oisifs &#187;, disait Calvin. Ce n'est pas tomb&#233; dans l'oreille d'un sourd. Mais les choses changent, comme le souligne Mona Chollet, en parlant de la grande d&#233;mission qui a suivi la premi&#232;re ann&#233;e de Covid (48 millions rien qu'aux Etats-Unis en 2021, quand m&#234;me !). &#171; R&#233;volutionner notre mentalit&#233; impliquerait de ne plus nous sentir tenu&#183;es &#224; l'acharnement, au sacrifice, &#224; l'abn&#233;gation &#8212; et &#233;videmment, de ne plus les exiger des autres. &#187; Tout un programme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L&#224; o&#249; le feu et l'ours</title>
		<link>https://imaginaires.brunocolombari.fr/la-ou-le-feu-et-l-ours</link>
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		<dc:date>2021-05-15T12:02:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Pour son premier roman, Corinne Morel Darleux embrase la steppe de l'imaginaire, fait valser les mythes ancestraux et les catastrophes contemporaines et nous offre une histoire &#224; nulle autre pareille.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/-Livres-" rel="directory"&gt;Livres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/arton803-d30fd.jpg?1732181192' alt='' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' onmouseover='' onmouseout='' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour son premier roman, Corinne Morel Darleux embrase la steppe de l'imaginaire, fait valser les mythes ancestraux et les catastrophes contemporaines et nous offre une histoire &#224; nulle autre pareille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand un titre de roman prend la forme d'une phrase interrompue, il ne peut que susciter a minima la curiosit&#233;, au mieux l'envie de se laisser entra&#238;ner. Quand l'illustration de couverture est sign&#233;e Cyril Pedrosa, auteur de BD particuli&#232;rement inventif, son foisonnement de couleurs r&#233;pond en &#233;cho au d&#233;pouillement zen du pr&#233;c&#233;dent livre de Corinne Morel Darleux, &lt;i&gt;Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce&lt;/i&gt;, paru &#233;galement chez Libertalia. Et quand, enfin, on a lu et aim&#233; cet essai sur l'effondrement et l'archip&#233;lisation, et qu'on lit avec bonheur chacun des articles de l'autrice (notamment sur le site Reporterre), &lt;i&gt;L&#224; o&#249; le feu et l'ours&lt;/i&gt; devient une &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un roman donc. Une histoire d'initiation dont le public premier est celui des adolescents, mais qui, comme toute &#339;uvre qui touche &#224; l'universel, peut se lire &#224; tout &#226;ge. Pas d'heroic fantasy ici, ni licornes ni dragons, pas plus de potion magique que de super pouvoirs. Juste quelques humains qui errent dans la steppe ravag&#233;e par des incendies g&#233;ants, et quelques animaux qui les croisent. Un r&#233;cit impossible &#224; situer dans le temps (l'histoire pourrait aussi bien se passer de nos jours que bien plus tard) et &#224; peine plus dans l'espace, puisqu'il est question de steppe, ce qui &#233;voque les paysages d'Asie centrale. Mais il y en a aussi en Am&#233;rique, en Afrique du Sud et en Australie. Peu importe.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A la lisi&#232;re de la fiction et du r&#233;el&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit s'attache &#224; la fuite de Violette, une jeune femme qui tombe sur le repaire d'un grizzly bless&#233; et d'un ourson. Sans jamais tomber dans l'anthropomorphisme (coucou Disney) qui pr&#234;te aux animaux des attitudes humaines, voire qui les fait parler comme vous et moi, Corinne Morel Darleux se tient &#224; la lisi&#232;re de la fiction et du r&#233;el, tout comme ses personnages passent de territoires arides &#224; d'inattendues et bienveillantes poches d'exub&#233;rance autour des points d'eau. Comment surmonter des drames intimes ? Comment vivre avec la perte ? Comment se rendre disponible &#224; l'inattendu, &#224; la rencontre, &#224; l'autre ? Comment faire soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1910 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH732/libertalia-moreldarleux-c1f62.jpg?1732122104' height='732' width='500' alt='JPEG - 191.9 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit est si riche que chacun y trouvera les r&#233;f&#233;rences qui lui sont propres. De mon c&#244;t&#233;, trois me sont venues : Antoine de Saint-Exup&#233;ry, l'auteur du &lt;i&gt;Petit Prince&lt;/i&gt;, dans lequel il dit : &#171; L'essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu'avec le coeur &#187;. Pour le d&#233;sert, bien s&#251;r, le renard &#224; apprivoiser, le serpent si utile pour quitter la Terre. Et pour cette fa&#231;on d&#233;cal&#233;e d'envisager le monde, ce pas de c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi Hayao Miyazaki, le cr&#233;ateur des studios d'animation japonais Ghibli, et auteur de films magnifiques comme &lt;i&gt;Nausicaa de la vall&#233;e du vent, Princesse Mononok&#233;, le Voyage de Chihiro&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;le Ch&#226;teau ambulant&lt;/i&gt;. Lui aussi a construit &lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Miyazaki-et-ses-huit-filles' class=&#034;spip_in&#034;&gt;un monde imaginaire d'une richesse foisonnante peupl&#233; d'h&#233;ro&#239;nes magnifiques&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, plus pr&#232;s de nous, Pierre Bottero, instituteur devenu romancier jeunesse et auteur de quatre trilogies en seulement six ans (&lt;i&gt;La qu&#234;te d'Ewilan, Les mondes d'Ewilan, L'Autre&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le pacte des Marchombres&lt;/i&gt;). Pour avoir eu l'occasion de lire ses livres &#224; voix haute &#224; mon plus jeune fils, je les recommande chaudement &#224; tous les parents. Il se trouve que &lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Pierre-Bottero-Ewilan-fait-partie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;j'ai eu l'occasion de l'interviewer en mars 2009&lt;/a&gt;. Et six mois plus tard, &lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Le-pas-de-cote-de-Pierre-Bottero' class=&#034;spip_in&#034;&gt;il disparaissait dans un accident de moto&lt;/a&gt;, &#224; 45 ans, alors que ses romans se vendaient par centaines de milliers.&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1911 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH375/corinne_morel_darleux-e0947.jpg?1732122104' height='375' width='500' alt='JPEG - 104.3 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Soulever le capot de la cr&#233;ation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais Corinne Morel Darleux ne se contente pas de raconter une histoire, si riche soit-elle : le livre se termine sur 43 pages &#233;tonnantes titr&#233;es &#171; Tout est vrai &#187;, et sous-titr&#233;es &#171; Glossaire, symbolique et coulisses &#187;. Autrement dit, elle soul&#232;ve le capot de la cr&#233;ation, ou, pour prendre une m&#233;taphore moins m&#233;canique, elle nous fait traverser le miroir pour la rejoindre, &#224; son bureau au pied du Vercors, au matin glac&#233; du premier jour d'une ann&#233;e 2020 qui allait entrer dans l'histoire. Et l&#224;, elle explique avec une p&#233;dagogie remarquable (quelle enseignante elle aurait fait !) ce qui g&#233;n&#232;re un vent de feu, en quoi consiste la tot&#233;misation, qu'est-ce qu'un bersek dans les l&#233;gendes scandinaves, &#224; partir de quelles substances est fait le souffle du diable, o&#249; vivent les margays et les dik-dik, qu'est-ce que l'albedo et qu'ont retenu les Indiens Cree du comportement du porc-&#233;pic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; Tout est vrai &#187; si g&#233;n&#233;reux, il rappelle bien entendu la phrase de Dumbledore &#224; Harry Potter, dans le tome 7 de la s&#233;rie de Joanne Rowling : &#171; Bien s&#251;r que &#231;a se passe dans ta t&#234;te, Harry, mais pourquoi donc faudrait-il en conclure que ce n'est pas r&#233;el ? &#187;. &lt;i&gt;L&#224; o&#249; le feu et l'ours&lt;/i&gt; ne conna&#238;tra sans doute pas le succ&#232;s historique de la saga du sorcier, mais il se pourrait bien que, parmi les milliers d'adolescent&#183;e&#183;s qui le liront, il suscite des vocations. C'est tout le mal qu'on souhaite &#224; Violette et T&#234;tard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>New York 2140</title>
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		<dc:creator>Bruno</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La science-fiction dans ce qu'elle a de meilleur : Kim Stanley Robinson d&#233;crit un New York du milieu du 22&#232;me si&#232;cle, la ville basse noy&#233;e sous 15 m&#232;tres d'eau, et ses habitants qui s'organisent pour abattre le capitalisme. A quoi peut ressembler une d&#233;faite &#224; la Pyrrhus ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/-Livres-" rel="directory"&gt;Livres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/arton802-d77d6.png?1732181192' alt='' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' onmouseover='' onmouseout='' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La science-fiction dans ce qu'elle a de meilleur : Kim Stanley Robinson d&#233;crit un New York du milieu du 22&#232;me si&#232;cle, la ville basse noy&#233;e sous 15 m&#232;tres d'eau, et ses habitants qui s'organisent pour abattre le capitalisme. A quoi peut ressembler une d&#233;faite &#224; la Pyrrhus ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Super Venise. C'est ainsi qu'on nomme New York au milieu du vingt-deuxi&#232;me si&#232;cle, en 2140, l&#224; o&#249; Kim Stanley Robinson (l'auteur de la trilogie martienne et de &lt;i&gt;2312&lt;/i&gt;) situe son dernier roman traduit en fran&#231;ais et publi&#233; par les &#233;ditions Bragelonne, 25 euros, et sorti originellement en 2017. Au cours des deux grandes Impulsions dues &#224; la fonte des glaces polaires, le niveau des oc&#233;ans est mont&#233; de quinze m&#232;tres, noyant toutes les villes c&#244;ti&#232;res. Et donc, New York, du moins toute sa partie basse, qui inclut Lower Manhattan, les &#233;tendues plates du Bronx et de Harlem, Brooklyn et le Queens. Seul Upper Manhattan, Brooklyn Heights ou Staten Island, plus hauts, sont encore &#233;merg&#233;s. Pour combien de temps ?&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1908 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_png'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/new_york_sous_les_eaux-73ed0.png?1732122104' height='334' width='500' alt='PNG - 641.2 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un New York noy&#233;, in&#233;galitaire mais vivant&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ici, point de vaisseaux spatiaux sophistiqu&#233;s, de personnages mutants, de terrariums dans les &#233;toiles et autres grands classiques de la SF. Pas m&#234;me &#8212; le croirez-vous ? &#8212; de batailles, de combats ou de meurtres. Rien de tout &#231;a, et c'est un vrai bonheur dans une ambiance aussi anxiog&#232;ne et d&#233;primante que celle de l'hiver 2021. Oui, le New York imagin&#233; par Robinson est noy&#233; et plus in&#233;galitaire que jamais, avec des traders qui sp&#233;culent sur tout, y compris sur les catastrophes &#224; venir. Mais il est vivant, et ses habitants ressemblent pour certains aux militants de Occupy Wall Street ou des zadistes de Notre-Dame des Landes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, et c'est tout l'int&#233;r&#234;t de ce tr&#232;s grand et copieux roman (670 pages) qui prend des allures d'hommage &#224; Jules Verne avec ses dirigeables et ces villages c&#233;lestes, le propos est politique. Comment faire vivre l'immeuble du MetLife et ses 59 &#233;tages, jalousement surveill&#233; par le concierge Vlade, et g&#233;r&#233; de fa&#231;on &#233;galitaire par Charlotte Armstrong, tandis que le trader Franklin Garr peaufine son indice IPPI qui sp&#233;cule sur le mont&#233;e du niveau des mers ? Que vont devenir ces deux gamins de douze ans, Stefan et Roberto, chercheurs d'un tr&#233;sor englouti &#224; l'&#233;poque de la Guerre d'Ind&#233;pendance ? Qui a enlev&#233; Mutt et Jeff, ces codeurs de g&#233;nie qui ponctionnent une infime fraction des flux financiers non pas pour s'enrichir mais pour pousser le syst&#232;me &#224; l'effondrement ?&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1907 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L288xH300/kim_stanley_robinson-2da14.jpg?1732122104' height='300' width='288' alt='JPEG - 23.3 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des exergues comme autant de sources&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'inspiration prolif&#233;rante de Kim Stanley Robinson puise directement dans les sources qu'il met abondamment en exergue de chaque chapitre, ce qui en fait plusieurs dizaines. Par exemple celle-ci, page 33 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans Dream of New York, une illustration de Moses King de 1908, la cit&#233; future est imagin&#233;e sous forme de grappes de hauts b&#226;timents, reli&#233;s ici et l&#224; par des passerelles a&#233;riennes, avec des dirigeables qui d&#233;collent de m&#226;ts d'amarrage et des avions et des montgolfi&#232;res qui volent &#224; basse altitude. Le point de vue est situ&#233; au-dessus et au sud de la ville &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le roman est d&#233;j&#224; l&#224;, dans ce tableau. Ou dans cette citation de Virginia Woolf, en 1940 : &#171; Nous devons apprendre &#224; comprendre la litt&#233;rature. L'argent ne va plus penser &#224; notre place. &#187; Ou encore dans celle, magnifique, de Pablo Picasso : &#171; L'art n'est pas la v&#233;rit&#233;. L'art est un mensonge qui nous permet de la reconna&#238;tre &#187;. Ce qui pourrait &#234;tre une belle d&#233;finition de la fiction, d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des ours polaires transport&#233;s en dirigeable&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le faisait Jules Verne, Kim Stanley Robinson nourrit son r&#233;cit de quantit&#233;s d'informations techniques sur l'architecture, l'urbanisme, la g&#233;ologie, le climat et l'histoire, ce qui ne l'emp&#234;che pas, &#233;videmment, d'imaginer des gratte-ciels g&#233;ants permis par un nouveau mat&#233;riau, le graph&#232;ne, ou ces incroyables villages c&#233;lestes suspendus &#224; des ballons.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;100%&#034; height=&#034;500&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/EQ3oKnZx088&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; son personnage incontestablement le plus dingue, la star du cloud Am&#233;lia Black, ses aventures pour transf&#233;rer en dirigeable une demi-douzaine d'ours polaires du Manitoba &#224; l'Antarctique sont un mod&#232;le de loufoquerie post-&#233;colo. Mais ce qu'elle dit est loin d'&#234;tre idiot : &#171; Notre monde est b&#226;tard. Nous m&#233;langeons tout depuis des milliers d'ann&#233;es, nous empoisonnons certaines cr&#233;atures et nous en nourrissons d'autres, et nous d&#233;pla&#231;ons tout. Nous faisons &#231;a depuis que les humains ont quitt&#233; l'Afrique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;New York 2140&lt;/i&gt; est aussi une histoire de solidarit&#233; et de r&#233;silience, des 99% qui se battent contre les 1%, et qui ont l'avantage du terrain et de ceux qui n'ont plus rien &#224; perdre. Comme le dit le vieil Hexter, collectionneur de cartes topographiques dont l'immeuble s'est effondr&#233;, &#171; On perd jusqu'&#224; ce qu'on gagne. Je crois que l'id&#233;e, c'est que si on vit quelque part, on use l'adversaire. Comme une victoire &#224; la Pyrrhus, &#224; l'envers. On pourrait appeler &#231;a une &#171; d&#233;faite &#224; la Pyrrhus &#187;, j'imagine. Je n'avais jamais pens&#233; aux perdants d'une victoire &#224; la Pyrrhus. Ces gens sont les vrais vainqueurs, non ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1909 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L321xH500/9791028114374-475x500-1-62137.jpg?1732122104' height='500' width='321' alt='JPEG - 63.7 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>2312</title>
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		<dc:creator>Bruno</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Sa trilogie martienne (Mars la rouge, Mars la verte, Mars la bleue) avait &#233;t&#233; un &#233;blouissement. En 2012, Kim Stanley Robinson se projetait trois si&#232;cles plus tard et livrait avec 2312 une somme litt&#233;raire (plus de 600 pages) d'une grande po&#233;sie.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/-Livres-" rel="directory"&gt;Livres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/arton801-9390a.jpg?1732181192' alt='' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' onmouseover='' onmouseout='' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sa trilogie martienne (&lt;i&gt;Mars la rouge, Mars la verte, Mars la bleue&lt;/i&gt;) avait &#233;t&#233; un &#233;blouissement. En 2012, Kim Stanley Robinson se projetait trois si&#232;cles plus tard et livrait avec 2312 une somme litt&#233;raire (plus de 600 pages) d'une grande po&#233;sie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est le dernier livre que j'ai achet&#233; la veille du deuxi&#232;me confinement de l'ann&#233;e, dans les tous derniers jours d'octobre. L'id&#233;e &#233;tait d'abord de soutenir mon libraire mais aussi de me nettoyer la t&#234;te de cette ann&#233;e 2020 stup&#233;fiante de laideur, de b&#234;tise et de souffrance. Dans ces cas-l&#224;, la litt&#233;rature de science-fiction est une alli&#233;e pr&#233;cieuse : en nous extrayant par l'imagination d'un quotidien proprement irrespirable, elle r&#233;v&#232;le par contraste ce qui fait l'essence de notre humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais beaucoup aim&#233; la trilogie martienne de Kim Stanley Robinson, avec ses projets prom&#233;th&#233;ens de terraformation de la plan&#232;te rouge, une tentative &#224; la fois d&#233;sesp&#233;r&#233;e et utopique de reconstituer ailleurs une sorte de paradis perdu. Donc, pourquoi pas &lt;i&gt;2312&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1905 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L372xH595/2312_couv-1cccf.jpg?1732122104' height='595' width='372' alt='JPEG - 210.1 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un lever de soleil sur Mercure&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il m'a finalement fallu un peu plus d'un confinement entier pour en venir &#224; bout (mais en consacrant assez peu de temps, ou trop peu, &#224; la lecture) et c'&#233;tait un bonheur de retrouver, dans les derni&#232;res minutes de veille d'une journ&#233;e souvent frustrante, des descriptions d'une beaut&#233; foudroyante comme celle-ci (lever de soleil &#224; la surface de Mercure) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans les ultraviolets, c'est un perp&#233;tuel entrelacs de chaud et d'encore plus chaud. Le disque de la photosph&#232;re occult&#233;, la danse fantastique de la couronne devient plus visible, avec ses arcs magn&#233;tiques et ses courts-circuits,, ses masses d'hydrog&#232;ne br&#251;lant expuls&#233;es dans la nuit. Vous pouvez aussi bloquer la vision de la couronne et ne contempler que la photosph&#232;re du soleil, voire magnifier celle-ci au point que les sommets enflamm&#233;s des cellules de la convection se r&#233;v&#232;leront &#224; vous, par milliers ondulantes, chacune un cumulonimbus de brasier furieux, et toutes consumant cinq millions de tonnes d'hydrog&#232;ne &#224; la seconde - ce qui, &#224; ce rythme, signifie que l'&#233;toile brillera encore pendant quatre milliards d'ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;figure class='spip_document_1902 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH500/soleil-ec41f.jpg?1732122104' height='500' width='500' alt='JPEG - 72.8 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un cocktail de familiarit&#233; troublante et de d&#233;paysement absolu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est que la troisi&#232;me page du roman ! Ce dernier est &#233;videmment impossible &#224; r&#233;sumer, d'autant que les personnages, encore en pleine possession de leurs moyens &#224; 137 ans (l'esp&#233;rance de vie atteint alors les deux si&#232;cles), sont d'un genre ind&#233;termin&#233;, autant f&#233;minin que masculin, et &#233;voluent dans des d&#233;cors trompeurs : les terrariums, des ast&#233;ro&#239;des &#233;vid&#233;s dans lesquels sont reconstitu&#233;s des paysages terrestres, des &#233;cosyst&#232;mes complets avec v&#233;g&#233;taux, animaux et air respirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble produit exactement l'effet recherch&#233; : un cocktail euphorisant de familiarit&#233; troublante et de d&#233;paysement absolu.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'int&#233;gralit&#233; du relief s'incurve toujours autour de vous, de sorte que le panorama vous enveloppe telle une &#339;uvre d'art inscrite &#224; l'int&#233;rieur de la roche, comme une g&#233;ode ou un &#339;uf de Faberg&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la Terre court &#224; sa perte, avec un environnement d&#233;vast&#233;, la plupart des esp&#232;ces animales disparues, un climat devenu d&#233;finitivement hostile et des c&#244;tes noy&#233;es par la mont&#233;e des eaux et la fonte des glaces polaires.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Terre exer&#231;ait une attraction fatale que devait beaucoup plus &#224; sa gravit&#233; historique presque infinie, sa splendeur, sa d&#233;cadence et sa salet&#233; qu'&#224; sa gravit&#233; physique. C'&#233;tait fractal, partout, dans chaque vall&#233;e et chaque village. L'&#232;re du d&#233;labrement, la puanteur des soci&#233;t&#233;s cruelles, les collines &#233;rod&#233;es et pel&#233;es, les c&#244;tes submerg&#233;es qui se m&#234;laient toujours &#224; la mer. Un endroit tr&#232;s inqui&#233;tant. L'&#233;tranget&#233; n'&#233;tait pas toujours &#233;vidente ou tangible. Ici, le temps de l'&#234;tre humain &#233;tait simplement en lambeaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Inverser la perspective&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas frappant de sentir les &#233;chos de notre condition actuelle, celle d'une humanit&#233; confin&#233;e et d&#233;vor&#233;e de l'int&#233;rieur par un virus n&#233; de la destruction des milieux naturels ? Kim Stanley Robinson r&#233;ussit ce prodige d'inverser la perspective, rendant familiers et rassurants les terrariums fabriqu&#233;s de toutes pi&#232;ces au coeur des ast&#233;ro&#239;des, et d&#233;crivant notre monde comme un lieu hostile et d&#233;vast&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il resterait tant &#224; dire de ce roman, notamment la tentative de prise de contr&#244;le des humains par les qubes (des intelligences artificielles greff&#233;es dans le cr&#226;ne, ayant r&#233;ponse &#224; tout et de plus en plus performantes), ou cette d&#233;rive de deux personnages dans le vide de l'espace, sous l'immensit&#233; des &#233;toiles.&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1904 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH313/voie-lactee-dd1d9.jpg?1732122105' height='313' width='500' alt='JPEG - 133.8 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Voie lact&#233;e &#233;tait semblable &#224; un &#233;cheveau fait de lait blanc brillant, avec le Sac &#224; Charbon et d'autres taches noires en lui encore plus noires qu'&#224; l'accoutum&#233;e. Partout ailleurs les &#233;toiles saupoudraient l'obscurit&#233; si finement que les t&#233;n&#232;bres elles-m&#234;mes s'en trouvaient en p&#233;ril &#8212; comme si derri&#232;re le noir et pressant intens&#233;ment contre lui s'&#233;tendait une blancheur plus absolue que ce que l'oeil humain aurait &#233;t&#233; capable de supporter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'obscurit&#233;, la lumi&#232;re, et la gamme infinie des contradictions humaines entre les deux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rage against the machisme</title>
		<link>https://imaginaires.brunocolombari.fr/Rage-against-the</link>
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		<dc:date>2020-10-31T07:54:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;L'histoire des luttes des femmes pour leurs droits, c'est quand m&#234;me plus int&#233;ressant (et plus fiable) quand elle est racont&#233;e par Mathilde Larr&#232;re que par L&#233;a Salam&#233;&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/-Livres-" rel="directory"&gt;Livres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L149xH150/arton800-cfa0e.jpg?1732181192' alt='' class='spip_logo spip_logo_right' width='149' height='150' onmouseover='' onmouseout='' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'histoire des luttes des femmes pour leurs droits, c'est quand m&#234;me plus int&#233;ressant (et plus fiable) quand elle est racont&#233;e par Mathilde Larr&#232;re que par L&#233;a Salam&#233;&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure class='spip_document_1899 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH785/rage_against_couv-642bd.jpg?1732122105' height='785' width='500' alt='JPEG - 84.8 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Vous la connaissez s&#251;rement si vous &#234;tes habitu&#233;&#183;e de l'&#233;mission &lt;a href=&#034;https://www.arretsurimages.net/chroniques/arrets-sur-histoire/femmes-dans-lhistoire-histoire-des-femmes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Arr&#234;t sur Images&lt;/a&gt;, o&#249; ses rappels historiques sont autant de friandises p&#233;dagogiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous l'avez peut-&#234;tre aussi crois&#233;e sur Twitter o&#249; ses threads (qu'on pourrait traduire par fils de discussion) sur l'histoire cartonnent, comme celui-l&#224; par exemple, o&#249; elle revient en 58 tweets sur le massacre des Alg&#233;riens &#224; Paris le 17 octobre 1961 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;twitter-tweet&#034;&gt;&lt;p lang=&#034;fr&#034; dir=&#034;ltr&#034;&gt;Massacre du 17 octobre 1961 &#224; Paris&#8230; &lt;br&gt;Il y a 58 ans&lt;br&gt;N'oublions jamais. &lt;a href=&#034;https://t.co/HG1EyLnxZD&#034;&gt;pic.twitter.com/HG1EyLnxZD&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mathilde Larrere (@LarrereMathilde) &lt;a href=&#034;https://twitter.com/LarrereMathilde/status/1184503204886798338?ref_src=twsrc%5Etfw&#034;&gt;October 16, 2019&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;script async src=&#034;https://platform.twitter.com/widgets.js&#034; charset=&#034;utf-8&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t dernier, paraissait son cinqui&#232;me livre, Rage against the machisme, quasiment en r&#233;ponse (m&#234;me si c'est une co&#239;ncidence &#233;ditoriale) &#224; Femmes puissantes de L&#233;a Salam&#233;, pour qui les grandes figures f&#233;minines de l'histoire (hormis Jeanne d'Arc) ne sont pas assez pr&#233;sentes dans les livres. Mais aux h&#233;ro&#239;nes de Salam&#233; r&#233;pondent les r&#233;volutionnaires beaucoup moins connues de 1793, celles de 1848 ou de 1871.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce grand voyage historique (Larr&#232;re est sp&#233;cialiste de l'histoire des r&#233;volutions au 19&#232;me si&#232;cle), le point de d&#233;part se situe juste avant le confinement du printemps dernier, le 7 mars 2020. Mathilde Larr&#232;re d&#233;crit une manifestation f&#233;ministe radicale et joyeuse, qui finira gaz&#233;e par la police, certaines &#233;tant tra&#238;n&#233;es au sol, tir&#233;es par les cheveux, dans le plus pur style de ce quinquennat maconiste d&#233;cid&#233;ment tr&#232;s novateur.&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1900 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH314/1136_mathilde-larrere-8e485.jpg?1732204955' height='314' width='500' alt='JPEG - 37.6 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Contre la terminologie courante de troisi&#232;me vague du mouvement f&#233;ministe (la premi&#232;re datant du d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle avec les suffragettes et la deuxi&#232;me se situant au d&#233;but des ann&#233;es 1970), Larr&#232;re situe le d&#233;but de la lutte des femmes bien avant, &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise. Et explique les raisons de cet oubli, si tant est que &#231;a en soit un : ce sont des hommes qui, pendant longtemps, ont &#233;crit et enseign&#233; l'histoire des hommes, au sens de l'esp&#232;ce humaine &#233;videmment, mais dans laquelle les femmes &#233;taient absentes. Comme le disait le philosophe Fran&#231;ois Poullain de La Barre &#224; la fin du 17e si&#232;cle, &#171; Tout ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit par les hommes sur les femmes doit &#234;tre suspect, car ils sont &#224; la fois juge et partie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut attendre le d&#233;but des ann&#233;es 1970, soit pr&#232;s de deux si&#232;cles apr&#232;s les lois de 1791 et 1792 sur l'h&#233;ritage, pour que quatre femmes deviennent professeures d'histoire &#224; l'Universit&#233;. Et conjointement &#224; la naissance du MLF, l'histoire commence &#224; s'int&#233;resser aux femmes, mais aussi aux cat&#233;gories domin&#233;es comme les pauvres, les immigr&#233;s ou les homosexuels, et aux relations entre ces cat&#233;gories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis on a &#233;tudi&#233; le genre au-del&#224; du sexe, puis on s'est mis &#224; parler d'intersectionnalit&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; combiner les diff&#233;rentes formes de domination (genre, race, classe). &#171; Longtemps aussi, les histoires de femmes ont n&#233;glig&#233; les situations coloniales, cependant que les histoires de la colonisation ne posaient pas la question des femmes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas une &#233;volution lin&#233;aire allant d'un point A (ignorance de la place des femmes dans l'histoire) &#224; un point B (reconnaissance pleine et enti&#232;re) : &#171; les derniers programmes du lyc&#233;e en date marquent un recul d&#233;nonc&#233; par les associations d'historiennes du genre [&#8230;] Les attaques contre la place des &#233;tudes de genre &#224; l'Universit&#233;, contre l'intersectionnalit&#233; comme d&#233;marche, sont sorties du pr&#233; carr&#233; de l'extr&#234;me droite pour gagner plus largement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/3rpge3SriTo&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on sait (plus parce qu'on l'a lu que parce qu'on nous l'a enseign&#233;, d'ailleurs) que jusqu'&#224; tr&#232;s r&#233;cemment, les femmes &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme mineures par la loi, certains passages font froid dans le dos. Notamment ceux relatifs au Code p&#233;nal napol&#233;onien, une honte absolue. L'article 324, baptis&#233; &#171; article rouge &#187; et promulgu&#233; en 1810, l&#233;galise carr&#233;ment le meurtre au sein du couple : &#171; Dans le cas d'adult&#232;re, le meurtre commis par l'&#233;poux sur son &#233;pouse, ainsi que sur le complice, &#224; l'instant o&#249; il les surprend en flagrant d&#233;lit dans la maison conjugale, est excusable. &#187; Il sera abrog&#233; en&#8230; 1975. Il faudra attendre 1990 pour que le viol entre &#233;poux soit condamn&#233;, et 2010 pour que des lois soient vot&#233;es sur les violences faites aux femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'originalit&#233; du livre, c'est qu'il est d&#233;coup&#233; en chapitres courts, illustr&#233; par le dessinateur Fred Sochard et par de tr&#232;s nombreuses citations, chansons, slogans et graffitis. Mention sp&#233;ciale &#224; &#171; La r&#233;volution sera f&#233;ministe ou ne sera pas &#187;, ou &#224; &#171; De ce que la gestation se fait dans l'ut&#233;rus et non dans la prostate, je ne vois pas que l'on puisse conclure &#224; l'impossibilit&#233; pour est pourvu d'un ut&#233;rus, de voter ou d'&#234;tre &#233;lue. &#187; ou encore au tr&#232;s r&#233;cent &#171; Vous n'&#233;teindrez pas les jeunes filles en feu &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Second manifeste convivialiste</title>
		<link>https://imaginaires.brunocolombari.fr/Second-manifeste</link>
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		<dc:date>2020-10-18T17:52:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Sept ans apr&#232;s une premi&#232;re version, voici le r&#233;sultat du travail de 300 personnalit&#233;s de 33 pays diff&#233;rents. L'objectif ? Elaborer une philosophie politique concurrente au n&#233;olib&#233;ralisme triomphant qui m&#232;ne le monde &#224; la catastrophe.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/arton798-bd540.jpg?1732183360' alt='' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' onmouseover='' onmouseout='' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sept ans apr&#232;s une premi&#232;re version, voici le r&#233;sultat du travail de 300 personnalit&#233;s de 33 pays diff&#233;rents. L'objectif ? Elaborer une philosophie politique concurrente au n&#233;olib&#233;ralisme triomphant qui m&#232;ne le monde &#224; la catastrophe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; en f&#233;vrier 2020, ce livre court (142 pages) est arriv&#233; alors que la pand&#233;mie de Covid commen&#231;ait &#224; prendre de l'ampleur en Europe, et quelques semaines avant le confinement qui a isol&#233; &#224; la maison des centaines de millions de personnes. Parler de convivialisme alors que les mesures d&#233;cid&#233;es brisent tout principe de convivialit&#233; au nom de la lutte contre l'&#233;pid&#233;mie (confinement, distanciation sociale, t&#233;l&#233;travail, restriction des visites dans les Ehpad...) pourrait para&#238;tre anachronique. Il n'en est rien. Qu'on se souvienne que le programme Les Jours Heureux, &#233;labor&#233; par le Conseil National de la R&#233;sistance, a vu le jour pendant les heures les plus sombres du si&#232;cle dernier, en pleine occupation allemande et au plus fort de la Seconde guerre mondiale. &#171; C'est la nuit qu'il est beau de croire &#224; la lumi&#232;re &#187;, avait &#233;crit Edmond Rostand. Va pour le convivialisme, donc.&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1896 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH759/convivialiste-couv-5f170.jpg?1732204955' height='759' width='500' alt='JPEG - 97.4 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se d&#233;finit comme une philosophie alternative au n&#233;o-lib&#233;ralisme (et pas au capitalisme en g&#233;n&#233;ral, d'o&#249; une certaine distance prise par des penseurs de la gauche radicale, ou des figures de la France Insoumise. Pas de Fr&#233;d&#233;ric Lordon ou de Fran&#231;ois Ruffin parmi les 300 signataires initiaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On y trouve Susan George, Noam Chomsky, Chantal Mouffe, Pablo Servigne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; part d'un constat : il existe actuellement un mouvement de fond de la jeunesse du monde, ou plus pr&#233;cis&#233;ment de trois jeunesses diff&#233;rentes : celles des pays frapp&#233;s par des conflits et qui sont contraints &#224; l'exil, celles qui se soul&#232;vent contre des r&#233;gimes dictatoriaux, et celles qui se mobilisent pour le climat, essentiellement dans les pays riches. &#171; Voil&#224; trois jeunesses, donc, qui s'ignorent largement. Leurs combats, leurs esp&#233;rances sont pourtant indissociables. Ces trois jeunesses gagneront ensemble ou elles perdront ensemble &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde plus que jamais au bord de l'effondrement, min&#233; &#224; court terme par la pand&#233;mie de Covid, ses centaines de milliers de victimes et ses dizaines de millions d'emplois d&#233;truits, et &#224; (un relatif) moyen terme par le changement climatique, le convivialisme vise &#224; d&#233;finir &#171; un fondement durable &#224; la fois &#233;thique, &#233;conomique, &#233;cologique et politique &#187;. Mais que veut dire exactement convivialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le nom donn&#233; &#224; tout ce qui, dans les doctrines et les sagesses existantes ou pass&#233;es, la&#239;ques ou religieuses, concourt &#224; la recherche des principes permettant aux &#234;tres humains &#224; la fois de rivaliser pour mieux coop&#233;rer et progresser en humanit&#233; dans la pleine conscience de la finitude des ressources partag&#233;es et dans le souci partag&#233; du soin du monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus concr&#232;tement, il s'appuie sur cinq principes fondateurs : la commune naturalit&#233; (respect et soin de la nature), la commune humanit&#233; (au-del&#224; des diff&#233;rences de couleur de peau, de langue, de religion, d'orientation sexuelle), la commune socialit&#233; (richesse des rapports sociaux), la l&#233;gitime individuation (permettant &#224; chacun de d&#233;velopper ses capacit&#233;s) et l'opposition cr&#233;atrice (en mettant la rivalit&#233; au service du bien commun).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'originalit&#233; et l'int&#233;r&#234;t du convivialisme, c'est de poser un imp&#233;ratif au-dessus de ces 5 principes : la ma&#238;trise de l'hubris, c'est-&#224;-dire l'absence de limites, la d&#233;mesure, la soif de toute-puissance. L'inconv&#233;nient, c'est que l'hubris est l'un des moteurs du capitalisme, avec la pl&#233;onexie, c'est-&#224;-dire l'avidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agira donc, pour les promoteurs du convivialisme, d'&#233;radiquer les paradis fiscaux, de plafonner les hauts revenus, d'imposer une dur&#233;e minimale de d&#233;tention des actions de mettre en place un revenu universel, d'ouvrir le droit &#224; un temps de travail choisi (et donc r&#233;duit), de viser un objectif triple z&#233;ro (&#233;missions de gaz &#224; effet de serre, consommations d'&#233;nergies fossiles, d&#233;chets hautement toxiques) et aller vers une d&#233;marchandisation, c'est-&#224;-dire mieux satisfaire les besoins avec moins de marchandises et moins d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;aliser tout cela sans sortir du capitalisme, ce que ce manifeste ne propose pas (il d&#233;nonce le n&#233;olib&#233;ralisme et le capitalisme rentier et sp&#233;culatif) ? Vaste question, apparemment hors champ ici, alors qu'elle est pourtant centrale. C'est un autre d&#233;bat, certainement n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;700&#034; height=&#034;385&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/0ZcJ8CSg_VE&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On y trouve Susan George, Noam Chomsky, Chantal Mouffe, Pablo Servigne, David Graeber, Edgar Morin, Herv&#233; Kempf)mais aussi le PDG de Danone..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La plus belle avenue du monde &#187;</title>
		<link>https://imaginaires.brunocolombari.fr/La-plus-belle</link>
		<guid isPermaLink="true">https://imaginaires.brunocolombari.fr/La-plus-belle</guid>
		<dc:date>2020-07-26T17:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Les Champs-Elys&#233;es auront &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre, ces deux derni&#232;res ann&#233;es, d'une des plus importantes luttes sociales du 21&#232;me si&#232;cle. Ludivine Bantigny en fait un objet d'&#233;tude remarquable aussi bien par la forme que dans le fond.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://imaginaires.brunocolombari.fr/-Livres-" rel="directory"&gt;Livres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/arton797-69d18.jpg?1732183360' alt='' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' onmouseover='' onmouseout='' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les Champs-Elys&#233;es auront &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre, ces deux derni&#232;res ann&#233;es, d'une des plus importantes luttes sociales du 21&#232;me si&#232;cle. Ludivine Bantigny en fait un objet d'&#233;tude remarquable aussi bien par la forme que dans le fond.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une historienne qui prend comme objet d'&#233;tude un lieu, en l'occurrence l'avenue des Champs-Elys&#233;es, c'est d&#233;j&#224; original. Qu'elle en fasse une &#233;tude sociale et politique, c'est tr&#232;s stimulant. Et qu'elle attaque l'introduction en titrant Full Metal Fouquet's, &#224; propos de l'incendie du auvent du restaurant, le 16 mars 2019, ajoutant que &#171; ce jour-l&#224;, les Champs sont bel et bien devenus la plus rebelle avenue du monde &#187;, c'est carr&#233;ment un feu d'artifice !&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1895 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH814/champs_elysees-28fb1.jpg?1732122105' height='814' width='500' alt='JPEG - 106.3 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Autant dire que les 280 pages du livre de Ludivine Bantigny, ma&#238;tresse de conf&#233;rence &#224; l'universit&#233; de Rouen, se lisent avec bonheur. Et il y a beaucoup &#224; dire de ce que sont Les Champs-Elys&#233;es, autant pour ce qu'ils montrent que ce qu'ils cachent : un concentr&#233; de richesses et d'in&#233;galit&#233;, l'endroit o&#249; se manifeste le pouvoir autant que la contestation, la voie des grandes c&#233;l&#233;brations comme celle des tensions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; juste avant le confinement de mars 2020, &#171; La plus belle avenue du monde &#187; (les guillemets du titre sont &#233;videmment essentiels) est n&#233; du mouvement des Gilets jaunes, lesquels ont commenc&#233; par occuper des ronds-points en novembre 2018 avant de s'en prendre, logiquement, au plus grand d'entre eux (et plus ancien), celui de la place de l'Etoile.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il se trouve que la place de l'Etoile est sans doute le premier carrefour giratoire au monde, avec Columbus Circle &#224; New York. En 1907, son concepteur Eug&#232;ne H&#233;nard, architecte de la Ville de Paris, le nommait &#171; carrefour &#224; girations &#187;. L'ironie de l'histoire, c'est que ce dispositif destin&#233; &#224; fluidifier le trafic s'est transform&#233; en un espace o&#249; relocaliser le politique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'incendie du auvent du Fouquet's a aussi beaucoup int&#233;ress&#233; Ludivine Bantigny, forc&#233;ment : symbole du pouvoir et de l'entre-soi, le restaurant de luxe repr&#233;sentait, selon Emmanuel Macron, la R&#233;publique prise pour cible. L'historienne y consacre donc un chapitre, dans lequel elle raconte l'histoire de ce qui &#233;tait, &#224; l'origine en 1899, un bistrot de cochets. Tr&#232;s vite, il est rachet&#233; et devient l'endroit o&#249; il faut &#234;tre vu, comme les constructeurs automobiles Louis Renault et Ettore Bugatti, les &#233;crivains Andr&#233; Gide ou Joseph Kessel, les politiques Alexandre Millerand ou Raymond Poincar&#233;, quitte &#224; pr&#233;senter des menus bilingues (fran&#231;ais et allemand) pendant l'Occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En citant Henri Lef&#232;bvre (&#171; Il y a politique de l'espace, parce que l'espace est politique &#187; disait-il en 1974), Ludivine Bantigny conclut :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Champs dont donc le lieu de la lutte, symbolique, mat&#233;rielle et physique : le lieu de la domination, des r&#233;sistances et des oppositions. Les Champs-Elys&#233;es ne sont pas qu'une avenue, deux kilom&#232;tres &#224; peine de jardins, de monuments et de boutiques. Ils sont d'abord une synecdoque : la partie spatiale d'un tout social. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le travail de l'historienne donne d'ailleurs la parole aux oubli&#233;s des Champs, toutes ces petites mains sans lesquelles la machine ne pourrait pas fonctionner. H&#233;l&#232;ne, concierge dans un palace, o&#249; les suites se louent &#224; 25 000 euros la nuit. A ce prix, la client&#232;le peut litt&#233;ralement demander n'importe quoi, n'importe quand : amener un cheval dans le salon de l'h&#244;tel, ou aller acheter un chien, l&#224;, tout de suite, ou encore se faire livrer une grenouill&#232;re taille adulte &#224; trois heures du matin. Quand ce n'est pas une demande d'adopter un enfant pour jouer avec son fils&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y d&#233;couvre aussi le quotidien de Joseph, kiosquier sur l'avenue, ouvert sept jours sur sept car la Mairie de Paris &#171; pr&#233;f&#232;re que ce soit ouvert &#187;. Ou celui de Boualem et de S&#233;kou, employ&#233;s d'une entreprise de sous-traitance pour le nettoyage de la voirie, pour 10,25 euros de l'heure, et qui s'inqui&#232;tent de la nette d&#233;t&#233;rioration de leurs conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier mot &#224; Wanda, femme de chambre dans un h&#244;tel de luxe. &#171; Si vous vous mettez &#224; ha&#239;r ces gens, il devient impossible de travailler. Si vous &#234;tes r&#233;volutionnaire, vous ne pourrez pas le supporter &#187;. CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le sang du Mississipi</title>
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		<description>&lt;p&gt;Apr&#232;s Brasier noir et L'Arbre aux morts, Greg Iles cl&#244;t sa monumentale biographie de Natchez (2800 pages en trois tomes) par Le sang du Mississipi. Un roman en forme de proc&#232;s, celui de Tom Cage et bien au-del&#224;, celui d'Etats-Unis construits sur la s&#233;gr&#233;gation.&lt;/p&gt;

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s Brasier noir et L'Arbre aux morts, Greg Iles cl&#244;t sa monumentale biographie de Natchez (2800 pages en trois tomes) par Le sang du Mississipi. Un roman en forme de proc&#232;s, celui de Tom Cage et bien au-del&#224;, celui d'Etats-Unis construits sur la s&#233;gr&#233;gation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est ainsi que s'ach&#232;ve la trilogie Natchez burning initi&#233;e par Greg Iles en 2014 et dont les deux premiers tomes, &lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/Brasier-noir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Brasier noir&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://imaginaires.brunocolombari.fr/L-arbre-aux-morts' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'Arbre aux Morts&lt;/a&gt; ont &#233;t&#233; publi&#233;s en France en octobre 2018 et janvier 2019 par Actes Sud. Le sang du Mississipi et ses 840 pages boucle ainsi une &#339;uvre ph&#233;nom&#233;nale, d'un souffle tel qu'elle ne pouvait sans doute &#234;tre &#233;crite que par un survivant : en 2011, il fait huit jours de coma et perd l'usage d'une jambe apr&#232;s un accident de voiture pr&#232;s de sa ville de Natchez.&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1894 spip_documents spip_documents_center media media_image media_image_jpg'&gt;&lt;img src='https://imaginaires.brunocolombari.fr/local/cache-vignettes/L500xH827/couv_sang_mississipi-f7473.jpg?1732122105' height='827' width='500' alt='JPEG - 80.8 kio' /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Autant le rythme de &lt;i&gt;Brasier noir&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;L'Arbre aux morts&lt;/i&gt; &#233;tait particuli&#232;rement soutenu, avec des passages d'une violence &#224; la limite du lisible, autant Le sang du Mississipi ralentit le r&#233;cit, le pose et l'installe en un lieu unique, celui du tribunal o&#249; se tient le proc&#232;s du docteur Tom Cage, le p&#232;re du narrateur Penn Cage. Un proc&#232;s qui va durer quatre jours, mais que Greg Iles, en ma&#238;tre du temps comme le sont tous les grands romanciers, va dilater &#224; l'extr&#234;me pour en d&#233;tailler les moindres ressorts.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il y a neuf semaines, cette chance s'est &#233;teinte. Le meurtre de Caitlin nous a frapp&#233;s comme un obus d'artillerie tombant d'un ciel bleu d&#233;gag&#233;. Et la premi&#232;re chose que ce genre de bombe fait exploser, c'est le temps. Les jours et les nuits ne veulent plus rien dire. Le passage des instants et des heures vacille, tout est d&#233;traqu&#233;. Les horloges g&#233;n&#232;rent la confusion, et m&#234;me la panique. Dans le semi-monde du deuil, le sentiment d'individualit&#233; commence &#224; se d&#233;liter. Les &#234;tres forts trouvent un moyen de se r&#233;orienter selon la structure temporelle superpos&#233;e qui r&#233;git le reste du monde, mais j'ai eu beau essayer, je n'y suis pas parvenu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tout l'art narratif de Greg Iles tient en ces quelques lignes : s'il est des romans courts qui peuvent enjamber des d&#233;cennies, les siens sont des sagas qui se d&#233;ploient dans un laps de temps quasi arr&#234;t&#233; : les deux milles pages des deux premiers tomes couvraient &#224; peine cinq jours. Les huit cents du troisi&#232;me s'&#233;talent sur huit jours, dont les trois quarts relatent les quatre journ&#233;es du proc&#232;s du docteur Cage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; un combat verbal qu'on assiste alors, entre le juge Joseph Elder, le procureur Shadrach Johnson et l'avocat de Tom Cage, Quentin Avery, dont les jours sont compt&#233;s et qui se d&#233;place sur un fauteuil roulant. Et, chose &#233;tonnante dans un Etat du Sud profond comme l'est le Mississipi, ces trois protagonistes sont Noirs. De quoi troubler Peggy Cage, la femme de Tom et la m&#232;re du narrateur, Penn :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Que doit-elle ressentir, assise l&#224;, devant un juge noir, deux avocats noirs et un jury principalement noir qui vont d&#233;cider du destin de son mari, dont le crime pr&#233;sum&#233; est d'avoir tu&#233; une femme noire vers qui il s'est autrefois tourn&#233; en qu&#234;te de r&#233;confort amoureux ? Douze citoyens du comt&#233; d'Adams, Mississipi, sept Noirs et cinq Blancs. Et peu importe que leurs intentions soient nobles, peu importe qu'ils soient convaincus de leur degr&#233; d'objectivit&#233;, un tel d&#233;tachement est impossible. Les membres de ce jury repr&#233;sentent une ville divis&#233;e, un Etat fractur&#233;, une nation bless&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas entendre l&#224; l'&#233;cho des crimes policiers r&#233;cents aux Etats-Unis, du mouvement Black Lives Matter et de l'&#233;norme soul&#232;vement qui a suivi la mort de George Floyd en mai 2020 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le proc&#232;s de Tom Cage est bien autre chose que celui d'un m&#233;decin qui aurait assassin&#233; ou euthanasi&#233; une patiente en fin de vie. C'est celui du drame humain sur lequel se sont construits les Etats-Unis d'Am&#233;rique, celui de la traite et de l'esclavage des Noirs, une tache ind&#233;l&#233;bile que huit ans de pr&#233;sidence de Barack Obama n'auront pas suffi &#224; estomper.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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